Après la tragédie de Buggenhout : les faits d'abord, les conclusions ensuite
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- Catégorie : Nouvelles Transport & Logistique
- Publication : lundi 1 juin 2026 20:41
Avant même que l'enquête sur le tragique accident de bus scolaire à Buggenhout ne soit terminée, certains médias et réseaux sociaux pointent déjà du doigt le chauffeur décédé.
L’UBT-FGTB ne souhaite pas se mêler aux spéculations sur les causes de l’accident. Nous voulons profiter de ce moment pour attirer l’attention sur un problème qui existe depuis des années : le statut précaire et les conditions de travail difficiles de nombreux chauffeurs de bus scolaires.
Un chauffeur qui ne peut plus se défendre est alors une cible facile, tout comme il y a 14 ans. À l’époque, dans le tunnel de Sierre, un bus belge transportant des écoliers et des accompagnateurs avait percuté de plein fouet un mur de béton. L'accident a fait 28 morts : 22 enfants, les deux chauffeurs et quatre accompagnateurs scolaires. À ce jour, l'enquête sur les faits n'a pas apporté de réponse concluante quant à la cause exacte de l'accident.
Enquête approfondie
Le chauffeur du car de Buggenhout ne peut plus être interrogé, et encore moins se défendre. Pourtant, aujourd’hui, tout comme il y a 14 ans, il est au centre des spéculations et des soupçons.
Frank Moreels, président de l’UBT-FGTB : « Un accident grave mérite une enquête approfondie. Ce qu’il ne mérite pas, c’est qu’un chauffeur décédé soit immédiatement condamné avant même que tous les faits ne soient connus. C’est aux autorités compétentes qu’il appartient de déterminer les circonstances exactes de l’accident, et non à l’opinion publique, encore moins aux médias. »
Un secteur aux trois visages
Au-delà des causes exactes de cet accident, cet événement met en lumière la réalité difficile dans laquelle travaillent aujourd’hui de nombreux chauffeurs de bus scolaires. Un chauffeur de bus porte une énorme responsabilité, la sécurité des passagers, la sienne et celle des autres usagers de la route étant prioritaires. Le recours aux flexi-jobs dans le secteur a donc été critiqué dès le premier jour par l’UBT-FGTB, précisément en raison des risques pour la sécurité qui y sont associés.
Le secteur des bus privés se compose de trois sous-secteurs importants, chacun avec sa propre réalité :
- Transport régulier : transports publics sous-traités par des entreprises privées
- Transport occasionnel : voyages touristiques, excursions d’une journée et transport international
- Transport régulier spécialisé (transport scolaire) : transport d'élèves, souvent avec des services fractionnés et des prestations très courtes. Il s'agit de la branche la plus précaire du secteur.
Emploi fragmenté et revenus précaires
Le transport scolaire est depuis des années le mouton noir du secteur. Des conditions de travail difficiles et un manque de solutions structurelles. De nombreux chauffeurs de bus scolaires travaillent en services fractionnés. Ils effectuent un court trajet le matin et un court trajet l’après-midi, avec souvent des interruptions de plusieurs heures entre les deux.
Tom Peeters, secrétaire fédéral adjoint UBT-FGTB Transport routier et Logistique : « La plupart des chauffeurs ont un contrat à temps partiel à durée déterminée. Ces contrats commencent au début de l’année scolaire et se terminent aux premières vacances scolaires. Après les vacances, souvent sans revenu, ils reçoivent un nouveau contrat. »
De ce fait, les contrats à temps plein à durée indéterminée sont pratiquement inexistants, car les employeurs ne peuvent souvent pas prévoir de travail supplémentaire pour leurs chauffeurs de bus scolaires. Comme il n’est pas possible de recourir au chômage temporaire en cas de manque de travail, les employeurs ne prennent pas le risque de devoir payer des heures contractuelles non prestées.
Charge de travail croissante
La charge de travail augmente en outre d’année en année. Les chauffeurs de bus doivent effectuer leurs trajets dans un environnement routier de plus en plus dense et complexe. Les embouteillages, les déviations et l'intensification du trafic alourdissent le travail, tandis que les attentes restent élevées. Les compagnies de bus s'exposent en outre à des amendes ou à des sanctions contractuelles lorsque les trajets ne sont pas effectués ou ne le sont pas à temps. Cette pression économique se répercute sur le terrain, où les chauffeurs assument quotidiennement la responsabilité du transport en toute sécurité de leurs passagers.
La sécurité passe par des emplois de qualité
De bonnes conditions de travail et la sécurité sont indissociables. Quiconque est chargé quotidiennement du transport d'enfants doit pouvoir compter sur une sécurité de l'emploi suffisante, une rémunération correcte et le respect de sa profession.
Frank Moreels : « Ceux qui assurent le transport de nos enfants ne méritent ni incertitude ni condamnation hâtive, mais bien le respect, la protection et un jugement équitable. L'accident survenu à Buggenhout doit déboucher sur des améliorations structurelles, et non sur la recherche d'un bouc émissaire. »
