Dumping social : après la partie visible, la partie non visible de l’iceberg

À la suite des perquisitions menées dans trois entreprises de transport dans le cadre d’une instruction dans le dossier du dumping social, l’UBT a approfondi ses recherches.

En fouinant dans le registre de commerce slovaque, nous avons trouvé pas moins de 25 entreprises créées par des transporteurs belges dont une grande partie peut être rapportée sans beaucoup de recherches à une firme de transport belge. Comme par hasard, toutes ces entreprises sont établies à la même adresse en Slovaquie (Hraničná 18, Bratislava), tout comme les trois entreprises qui ont reçu hier la visite la police judiciaire.

Des dizaines d’entreprises boîtes aux lettres belges en Slovaquie ?

Hraničná 18, on dirait le cœur battant (du moins pour le moment) des firmes de transport belges ayant délocalisé leurs activités à cette adresse à Bratislava ! Les recherches sur le site internet du registre de commerce slovaque (www.orsr.sk) donnent des résultats hallucinants. Pour certaines entreprises comme Deertrans SK, filiale de la firme Deertrans de Kruibeke, aucun doute n’est possible. D’autres firmes font preuve d’une plus grande créativité. Il faut dès lord approfondir quelque peu les recherches pour trouver l’entreprise de transport qui se cache derrière le nom à la même adresse. Ainsi, derrière la firme Foodliner se cache Transport Verbeken de Termonde.
Voici un petit échantillon tiré de la liste des transporteurs belges possédant une entreprise à cette adresse : Sacotte, Bevertrans, Hertsens, Michel, Steenackers, ADL, Mertens, Van Loock, Wouters-Muyshondt, Cools (Brugge), Parmentier, Wincq, Vanheel, … Par ailleurs, toute une série d’autres entreprises demandent un travail d’investigation plus fouillé pour établir le rapport avec une entreprise de transport belge. Frank Moreels, président de l’Union belge du Transport : “Nos propres investigations montrent en quelques heures à peine que des dizaines d’entreprises ont organisé des montages en Slovaquie. C'est hallucinant. Nous avons bien entendu communiqué ces données au secrétaire d’État De Backer, en charge de la lutte contre la fraude sociale. Nous espérons maintenant qu’on organisera très rapidement des inspections supplémentaires afin de faire respecter la concurrence loyale dans le secteur du transport.”

S’attaquer également aux donneurs d’ordre !

Au cours des mois écoulés, l’UBT n’a pas manqué d’attirer l’attention sur le rôle joué par les donneurs d’ordre qui attribuent les missions de transport au meilleur offrant. Un des plus grands donneurs d’ordre qui agit de cette manière est IKEA. La BBC, la télévision publique anglaise, a diffusé ce jour un reportage sur les conditions de vie et de travail des chauffeurs qui sillonnent l’Europe pour le compte IKEA. On peut regarder ce reportage en cliquant sur ce lien. Emilian, un chauffeur roumain, se sent prisonnier dans son propre camion et travaille pour un salaire horaire de moins de trois livres sterling... Ce reportage a été réalisé en concertation avec la Fédération internationale des travailleurs du transport (ITF) à Londres, c’est-à-dire la fédération internationale des syndicats du transport.

Jusqu’ici, les discussions avec IKEA n’ont rien donné parce que l’entreprise persiste à affirmer qu’il n’y a aucun problème. Frank Moreels : “IKEA ne peut désormais plus fermer les yeux. Si aucune suite n’est donnée à notre demande d’organiser une concertation, nous serons amenés à organiser en avril des actions chez IKEA dans différents pays.”