Brexit et crise des réfugiés : les chauffeurs de camion paieront-ils la facture ?

Cela fait exactement 1.219 jours que le Royaume Uni a organisé un référendum sur la sortie de l’Union européenne.

Une très faible majorité avait choisi de quitter l’Europe. Le gouvernement britannique, respectant le résultat du scrutin, fit savoir le 29 mars 2017 qu’il se proposait de finaliser le processus de sortie dans les deux ans. Cette échéance a entretemps été dépassée de plus de six mois, mais le vaudeville du Brexit n’est pas près de se terminer. De Theresa May à Boris Johnson, d’un Brexit dur à un Brexit doux et vice versa, on finirait par oublier ce qui s’est passé et surtout ce qui ne s’est pas passé pendant toute cette période.


Après une nouvelle journée mouvementée à la Chambre des communes, la balle se retrouve dans le camp de l’Union. On dirait un match de foot : une moitié de la population, dont les durs des durs, fait figure de supporter – l’autre moitié n’a pas la moindre idée de ce qu’il se passe ni de ce dont il s’agit. La seule différence avec le foot c’est que le stade du Brexit tend à se vider : après plus de trois ans d’incertitude, personne ne s’y retrouve encore.


Pourtant, le Brexit pourrait avoir des conséquences dramatiques, en premier lieu pour le simple citoyen britannique qui paiera la facture. Mais elles seront aussi considérables dans le secteur du transport. Les chauffeurs de camion, tout comme le reste de la population d’ailleurs, restent dans le doute, et ils pourraient en plus être les premières victimes de ce vaudeville, car les risques qu’ils courent sont nombreux. C’est pourquoi l’UBT se bat pour trouver des solutions. Des mesures doivent être prises pour éviter que les camionneurs (belges) soient victimes du chaos actuel et des conséquences que le Brexit aura irrémédiablement.


Il est un fait certain que le départ du Royaume Uni provoquera de longues files d’attente aux frontières, avec toutes les conséquences qui en découleront. Un test “en direct” réalisé il y a quelques mois du côté britannique montre que les temps d’attente risquent d’atteindre deux à trois jours. L’UBT exige donc une intervention décidée des autorités. Le temps passé en cours de route par les camionneurs augmentera sensiblement. Il faudra donc prendre les mesures nécessaires et prévoir notamment des parkings (tampon) surveillés et sécurisés, équipés d’installations sanitaires décentes. L’heure n’est plus à l’improvisation. Il faut éviter que les chauffeurs soient contraints d’attendre dans la pluie et dans le froid, sans avoir accès aux facilités et au confort élémentaire nécessaires auxquels ils ont droit.
D’autres menaces sont tout aussi réelles. Le drame humain de Sussex montre à nouveau l’ampleur du trafic des êtres humains vers la Grande Bretagne organisé par camion. Un poids lourd bulgare qui n’a plus roulé en Bulgarie depuis des années, n’effectue manifestement pas des transports internationaux légaux. On rencontre sur nos routes des centaines de poids lourds qui se trouvent dans ce cas. Ils effectuent des missions illégales ou semi-légales de cabotage, avec au volant des chauffeurs d’Europe de l’Est victimes d’une exploitation criante. La hausse prévue des temps d’attente n’est pas de nature à améliorer la situation. Le risque que des réfugiés ne s’introduisent dans le camion augmentera avec les temps d’attente. Les camionneurs en ont marre de subir les menaces des bandes de trafiquants et des transmigrants qui tentent par tous les moyens de s’introduire dans le camion, menaçant l’intégrité physique des chauffeurs. Pour cette raison, certaines firmes de transport évitent encore de rouler sur la Grande Bretagne.


Nous avons aussi appris par la presse que la N-VA aimerait sanctionner le fait de s’introduire dans un camion. Là encore, la N-VA se trompe de cible car les vrais criminels, les trafiquants d’être humains, ne sont pas inquiétés. Par ailleurs, on peut s’interroger sur les bases juridiques et la mise en œuvre concrète d’une telle mesure. Entretemps, on oublie de parler d’une solution ou d’une protection des chauffeurs.


L’UBT estime qu’il est grand temps de faire le grand nettoyage dans le secteur du transport et de bannir les pratiques illégales. Les firmes boîtes aux lettres qui organisent le dumping social et le trafic des êtres humains ne se comptent plus. Il est urgent d’agir, mais on omet de le faire à cause de la sacro-sainte libre concurrence. Il est grand temps de renforcer les règles, d’intensifier les contrôles et d’accentuer les poursuites. De nouveau, des parkings sécurisés pourraient constituer une solution pour empêcher les transmigrants de s’introduire dans un camion. Mais au lieu de sanctionner les chauffeurs honnêtes et les réfugiés, il faut s’attaquer aux bandes qui organisent le trafic des êtres humains. L’UBT réclame depuis des années un renforcement des contrôles policiers sur les parkings autoroutiers. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit. Les services de police compétents souffrent d’une sous-occupation flagrante et sont donc dans l’incapacité d’assurer cette mission.


Le gouvernement flamand quant à lui ne tient pas compte des revendications de l’UBT. Une recherche rapide du terme “Brexit” dans l’accord de gouvernement flamand nous fournit quinze résultats. Cela semble prometteur, mais une lecture plus approfondie du texte nous apprend autre chose. L’accord de gouvernement précise que la Flandre veut éviter un Brexit dur. En des termes très vagues, il parle de la création d’une task force chargée de prendre dans les semaines à venir toutes les mesures possibles pour faire face à l’impact négatif d’un Brexit sans accord. Mais il reste muet sur les conséquences et sur les solutions pour le transport routier, ainsi que sur les autres menaces. A cet égard, ce gouvernement, dont une des priorités est pourtant la sécurité, reste particulièrement avare de paroles et plus avare encore d’actes ...