Nous qui travaillons comme des chevaux ne sommes pas des vaches à lait !

L’économie tourne à plein régime. Du moins, c’est ce que nous racontent les médias jour après jour.

Pour la première fois depuis longtemps, les exportations dépassent les importations. L’activité dans nos ports maritimes belges n’a jamais atteint un niveau plus haut, le taux d’emploi atteint des sommets sans précédent, on n’arrive pas à satisfaire les offres d’emploi. La profession de chauffeur est même devenue un métier à pénurie. Nos aéroports battent tous les records et le chômage atteint son niveau le plus bas d’avant la crise financière de 2008. Nous devrions donc avoir toutes les raisons de faire du 1er mai un jour de fête ? Et non ! Le 1er mai sera de nouveau aussi une journée de lutte !

Si tout devait aller aussi bien pour les classes laborieuses, qu’est-ce qui explique alors toutes ces tensions sociales ? Un exemple seulement: il sera difficile de trouver une seule personne qui n’ait pas déposé le travail dans un aéroport belge au cours de l’année écoulée. Les pilotes et le personnel de cabine de SN et de Ryanair en juillet et en septembre 2018, les aiguilleurs du ciel de Skeyes en février, les bagagistes d’Aviapartner en octobre 2018, le personnel de sécurité encore récemment en mars dernier. Le seul qui n’ait pas fait grève doit être Arnaud Feist, le CEO de Brussels Airport. Car lui est content, comme la plupart des employeurs d’ailleurs. Selon lui, tout marche très bien, sur le tarmac et autour du tarmac. Qui se soucie encore du « décalage syndical » par rapport à la réalité ? Les résultats se terminent de toute façon dans le positif, sont même excellents !

 

"Nous, qui bossons comme des chevaux, qui avons fourni une contribution tellement importante à la croissance de l’économie, sommes devenus les vaches à lait de ces gouvernements des droites."

 

Hélas, nous les travailleurs, et certainement les travailleurs du transport, nous allons dans le rouge pour réaliser ces chiffres. Nous étouffons sous le poids de la charge de travail, du manque criant d’effectifs, de l’absence de respect et de participation démocratique, pour ne pas parler des erreurs dans le calcul des salaires, des jours de congé accordés puis annulés, du manque de sécurité et de formation.

Avons-nous bénéficié en échange d’une augmentation de nos salaires ces dernières années ? Au contraire. Ce gouvernement des droites nous a imposé un saut d’index dicté par les organisations patronales. Et comme si cela ne suffisait pas, il a porté l’âge de la pension à 67 ans, rendu plus difficile la fin de carrière et organisé la chasse aux travailleurs malades et aux chômeurs. Enfin, il nous a aussi enfermés dans le carcan d’une marge salariale bien trop faible.

Les différents gouvernements ont encore pris d’autres mesures. Ils ont gonflé les factures scolaires, relevé la TVA sur l’eau, le gaz et l’électricité de 6 à 21%, fait monter le prix de la consultation du médecin et le prix des médicaments tandis que pour les jeunes, la location ou l’achat d’une habitation devient pour ainsi dire impayable !

Nous, qui bossons comme des chevaux, qui avons fourni une contribution tellement importante à la croissance de l’économie, sommes devenus les vaches à lait de ces gouvernements des droites. Pour nous, il n’y a pas de petits gâteaux ni cinq minutes de courage politique. Pour nous, pas de réduction des charges, pas de subventions à l’investissement ni primes de starter ni soutien à l’innovation. Pour nous pas de cadeaux ! Pour les patrons, tous les cadeaux !

C’est regrettable. C’est même scandaleux car c’est nous qui par notre labeur assurons la croissance économique. En échange, on nous jette quelques miettes.
C’est même révoltant car il y a cinq ans, avant les élections, ni le MR ni la N-VA ni l’Open VLD n’avaient parlé dans leurs programmes d’un saut d’index ou du relèvement de l’âge de la pension. Ils ont trompé l’électeur, sans broncher. Il est clair que ces partis de droite n’ont que du dédain pour les travailleurs, qu’ils ne tiennent nullement leurs promesses électorales.

Nous ne nous laisserons pas tromper une deuxième fois ! Ces mêmes partis se présentent à nouveau à l’électeur le 26 mai. Et de nouveau, après avoir été aux affaires ces cinq dernières années, ils promettent monts et merveilles !

Voici un petit échantillon de toutes leurs promesses : un 13e mois de pension, pas de taxe kilométrique, une transition économique payable et une fin de carrière humaine. Tout ça c’est très beau, mais allons-nous donner une nouvelle fois dans ce piège ? Notre réponse est claire : NON ! Pendant cinq ans, ils ont mené une politique asociale, contre les travailleurs ! Une politique qui a vidé nos poches pour remplir celles des patrons.

 

"C’est nous qui par notre labeur assurons la croissance économique. En échange, on nous jette quelques miettes."

 

Le 26 mai, nous voterons aussi pour un nouveau Parlement européen. Dockers, chauffeurs, logisticiens, bateliers, ... nous connaissons tous l’impact de l’Europe sur notre quotidien. Les décisions prises aujourd’hui par l’Europe deviennent la règle en Belgique après quelques mois ou quelques années. Au cours des cinq dernières années, la Commission européenne a tenté par deux fois d’imposer aux chauffeurs un paquet de mesures, appelé le Paquet Mobilité. Des mesures qui auraient ouvert encore plus grand les portes au dumping social et à des conditions de vie inhumaines le long des autoroutes en Europe. La Commission a également intenté une procédure d’infraction contre la loi Major qui assure pourtant un bon statut aux travailleurs portuaires belges.

Jusqu’ici, l’UBT est parvenue à enrayer les attaques contre la loi Major et à s’opposer aux mesures du Paquet Mobilité. Grâce à notre collaboration avec d’autres syndicats en Europe, mais aussi grâce aux soutiens politiques dont nous avons pu bénéficier.

Comme petite organisation, petite mais combative, nous avons chaque fois pu compter sur le soutien et la collaboration des députés socialistes belges au Parlement européen. Ils ont accompli un travail exemplaire et ont toujours été à notre écoute. Ils se sont vraiment mis en quatre pour défendre nos emplois, notre protection sociale et notre pouvoir d’achat.

Faisons donc du 1er mai un jour de lutte et le jour où, comme de tradition, nous épinglons nos priorités sociales. Et votons le 26 mai pour un vrai changement. Non pas pour un changement qui fait de nous des vaches à lait, mais pour le changement voulu par nous, les socialistes.

 

Frank Moreels
Président de l’UBT