Les militants syndicaux, des bêtes traquées ?

On entend souvent plaider les politiciens pour un vrai dialogue social. Et certains employeurs feignent eux aussi d’être favorables à la concertation avec les organisations syndicales.

Mais la réalité est toute différente. Combien de militants syndicaux ne sont-ils pas tarabustés, boycottés, harcelés, ... voire tout simplement licenciés, pour la simple raison qu’ils font leur travail syndical, qu’ils veulent aider leurs collègues, qu’ils veulent engager ce dialogue social avec leur employeur.

Dans le secteur du transport, beaucoup d’employeurs aiment mieux les talons des syndicalistes que leurs pointes

Il ne se passe pas un jour sans que nous soyons confrontés à des travailleurs qui souhaitent s’engager mais qui n’osent pas le faire, parce qu’ils sont mis sous pression par leur patron. Dans le secteur du transport routier et de la logistique, nous avons d’ailleurs toujours cette procédure débile dans la CCT qui prévoit la collecte obligatoire de signatures de membres du personnel avant de pouvoir désigner une délégation syndicale. Dans de nombreux secteurs, cette pratique appartient depuis longtemps au passé. Les employeurs qui ont vent de telles initiatives n’hésitent pas à faire pression sur leurs travailleurs pour ne pas mettre leur signature. Mais ce n’est pas tout.

Harcèlements et pressions ouvertes ...

Des chauffeurs désignés délégué syndical dans le transport de marchandises ou candidats aux élections sociales s’entendent dire systématiquement qu’ils pourront dorénavant oublier les “bons transports”, c’est-à-dire les transports qui leur permettent de bien gagner leur vie. Ils ne sont donc pas licenciés, mais pénalisés sur le plan financier.

Et que dire du conducteur d’autocar à qui on dit qu’il n’aura plus de voyages internationaux, mais uniquement des petits trajets intérieurs. “Car si tu roules encore à l’étranger, tu ne pourras pas assurer un bon service à tes membres”, avait argué un patron d’un ton cynique.

Dans le secteur des autocars, il faut d’ailleurs avoir été candidat aux élections sociales avant de pouvoir être désigné délégué syndical. Car il ne faut quand même pas leur rendre la vie trop facile, non ?

Cindy Van Endert témoigne aujourd’hui à un meeting syndical de la FGTB sur ce qu’elle a vécu chez l’entreprise BCTN. Malgré toutes les pressions, elle continue à jouer courageusement son rôle de déléguée syndicale de l’UBT. “Depuis mon élection aux dernières élections sociales, la direction ne cesse de me mettre des bâtons dans les roues. Elle m’a mise dans une autre équipe, elle me donne du travail pour m’isoler de mes collègues, ... la formation qu’elle m’a promise est renvoyée aux calendes grecques.” Voilà la manière dont on tente de pourrir la vie aux militants syndicaux.

Licencié pour activités syndicales

Nous avons assisté récemment au licenciement de Laurent, délégué syndical chez Vandemoortele à Seneffe. Les médias se sont largement intéressés à son dossier, des actions de solidarité ont été organisées. A juste titre d’ailleurs.

Toutefois, il y a aussi des cas moins ‘connus’ de licenciements pour activités syndicales. Chez la firme Rotrafic à Zulte, un délégué de l’UBT a été faussement accusé de ‘faux en écriture’. Notre délégué a été licencié et poursuivi en justice parce qu’il aurait trafiqué la liste des signatures servant à sa désignation comme délégué syndical. Aidé par l’UBT, il a gagné tous les procès, mais son licenciement a été maintenu. L’employeur a même déclaré qu’il a ‘juré’ qu’il ne laisserait jamais entrer le syndicat dans ‘son’ entreprise. Certains employeurs n’hésitent donc pas à débourser des sommes importantes pour saboter le dialogue social.

Jan Ceulemans, délégué UBT chez Aviapartner, sait lui aussi que les grandes entreprises se jouent des droits syndicaux. “Le comité d’entreprise européen d’Aviapartner est une véritable farce, l’employeur sabotant ouvertement le fonctionnement de cet organe. Dans l’entreprise même, on ne veut pas non plus nous entendre. Heureusement, nous disposons d’une équipe syndicale solide qui impose le respect des droits des travailleurs s’il le faut. Nous souhaitons en effet résoudre les problèmes par le dialogue social. Si l’employeur n’en veut pas, la seule option qui reste est l’action syndicale.”

Près de 2.000 délégués de l’UBT pratiquent jour après jour le dialogue social

Malgré les pressions patronales, les taquineries et les harcèlements auxquels sont exposés les militants syndicaux, nos militants de l’UBT défendent jour après jour tout au long de l’année les intérêts de leurs collègues. Ils ne dissertent pas sur le dialogue social, ils le pratiquent au quotidien.

Ils discutent quand c’est possible, ils passent à l’action s’il le faut. Et ils continueront à le faire, quoi que fassent les employeurs et le gouvernement pour restreindre les droits syndicaux. Les fédérations patronales du transport, FEBETRA, UPTR et TLV, feraient bien de se demander ce qui leur tient le plus à cœur : la paix sociale grâce au dialogue social, ou la frustration, les mécontentements non canalisés et les conflits sociaux. Car c’est de cela qu’il s’agit quand nous parlons des droits syndicaux.

 

Frank Moreels
Président de l’UBT

27 juin 2018
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