Les « flexi-jobs » dans le secteur des transports : du dumping social sous une plaque d'immatriculation belge
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- Publication : mercredi 1 juillet 2026 09:23
À partir d’aujourd’hui (1er juillet), les flexi-jobs sont étendus à presque tous les secteurs. Le secteur des transports en fait désormais partie.
Febetra estime que c’est une bonne chose dans la lutte contre la pénurie de chauffeurs.
Nous sommes clairs : ce n’est pas une solution. Il s’agit de dumping social à l’échelle nationale et de concurrence déloyale.
La pénurie de chauffeurs est bien réelle. Mais on ne la résout pas en continuant à dévaloriser la profession. On la résout en faisant à nouveau du métier de chauffeur un emploi à part entière, attractif et permettant de gagner correctement sa vie. Des salaires corrects, des conditions de travail décentes, le respect des temps de conduite et de repos, un travail faisable et une véritable protection sociale : voilà comment redonner de l’attrait au métier de chauffeur.
Les « flexi-jobs » font exactement le contraire.
Ils créent un deuxième marché du travail parallèlement au marché du travail ordinaire. Deux chauffeurs peuvent effectuer le même travail, avec le même permis de conduire, dans le même camion et pour la même entreprise, mais sous un régime social totalement différent. L’un des salariés cotise normalement à la sécurité sociale et acquiert des droits à part entière. L’autre travaille sous un statut dérogatoire moins coûteux.
Ce n’est pas de la flexibilité. C’est une concurrence organisée entre les salariés.
La sécurité sociale est sapée. Cette généralisation des « flexi-jobs » fera perdre à l’ONSS au moins un demi-milliard d’euros de recettes par an. Les emplois fixes sont mis sous pression. Les employeurs disposent d’un outil supplémentaire pour réduire le coût du travail. Aujourd’hui, on prétend que les « flexi-jobs » ne servent qu’à combler des trous dans la planification. Demain, ils seront utilisés pour des trajets fixes. Après-demain, ils feront partie intégrante de la planification du personnel.
Ce n’est pas du catastrophisme. Nous l’avons déjà constaté dans le secteur des bus et des autocars. Après un an de flexi-jobs, l’emploi régulier y a baissé de 25 %. La sécurité sociale a enregistré une baisse de 10 % des cotisations ONSS. Tout comme dans ce secteur, les « flexi-jobs » seront également principalement occupés, dans le secteur des transports, par des chauffeurs qui travaillent déjà dans le secteur mais qui réduisent leurs heures de travail régulières. Les « flexi-jobs » n’attirent donc pratiquement pas de nouveaux chauffeurs. Ils remplacent surtout des emplois existants à part entière par du travail moins coûteux, assorti de cotisations sociales réduites.
Les « flexi-jobs » ne comblent pas les pénuries. Ce sont des emplois décents qui disparaissent.
Dans le secteur des transports, un problème crucial vient s’y ajouter : la sécurité routière. Un chauffeur qui travaille à temps plein et qui effectue en plus des trajets le week-end accumule le travail sur le travail. La fatigue au volant n’est pas un détail. C’est un risque pour le chauffeur, pour ses collègues et pour tous les usagers de la route.
Ceux qui connaissent le secteur des transports savent que la pression du temps, les longues journées et la fatigue sont malheureusement monnaie courante. Les « flexi-jobs » accentuent ce risque. Surtout lorsque les chauffeurs cumulent plusieurs emplois et que le contrôle de leur temps de travail total devient fragmenté.
En théorie, il existe des temps de conduite et de repos contrôlés par le tachygraphe numérique. Seulement, tous les véhicules ne sont pas soumis à l’obligation d’utiliser un tachygraphe. Les infractions aux temps de conduite et de repos ne seront souvent visibles qu’après le drame : un accident. À ce moment-là, tout le monde cherchera un responsable et le doigt sera à nouveau pointé vers le chauffeur. La responsabilité du système sera rejetée et ignorée.
L’hypocrisie de Febetra est révoltante. Depuis des années, les employeurs et les syndicats affirment à l’unisson qu’il faut instaurer des conditions de concurrence équitables dans le secteur européen des transports.
Depuis des années, on dénonce à juste titre le dumping social, les sociétés boîtes aux lettres et la concurrence déloyale.
Mais lorsque le gouvernement belge instaure le dumping social entre les travailleurs, on s’en réjouit.
Apparemment, le dumping social n’est un problème que lorsqu’il vient de l’étranger. Lorsqu’il arbore une plaque d’immatriculation belge et réduit le coût salarial, on l’appelle soudain « flexibilité ».
Pour l’UBT-FGTB, c’est inacceptable.
Des conditions de concurrence équitables ne signifient pas seulement une concurrence loyale entre les entreprises. Cela signifie également que les travailleurs ne doivent pas être montés les uns contre les autres. Ni par le biais de montages étrangers. Ni par le biais du faux travail indépendant. Ni par le biais des flexi-jobs.
Le secteur des transports n’a pas besoin de failles. Il a besoin de tarifs corrects, d’emplois stables avec de bons salaires, d’une sécurité sociale solide et de routes sûres.
Quiconque prend au sérieux la pénurie de chauffeurs investit dans des chauffeurs bénéficiant de bonnes conditions salariales et de travail
Quiconque applaudit les « flexi-jobs » opte pour le dumping social et le démantèlement de la sécurité sociale belge.
