Pas touche à l’index, Philippe !

Philippe Degraef, Secrétaire général de la fédération patronale Febetra, mène une guerre contre la liaison automatique des salaires à l’index.

Nous entendons cette lamentation des employeurs depuis des années déjà, alors que cette indexation veille simplement à préserver (partiellement) le pouvoir d’achat des travailleurs.

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Les arguments des employeurs n’ont pas changé depuis des années : « Il y a un désavantage concurrentiel, il y aura des faillites, nous ne pouvons pas nous le permettre, etc. ». Vous les connaissez, depuis le temps.

Toutefois, l’index d’aujourd’hui n’est plus ce qu'il était, et ce depuis longtemps déjà. Le panier de la ménagère est régulièrement « adapté ». Les prix des carburants ne sont plus pris en compte. Nous appliquons un indice santé. L’objectif est de « lisser » l’adaptation des salaires en fonction des hausses de prix.

Les secteurs ont leur propres moments fixes d’indexation. Dans le secteur du transport, cette indexation tombe une fois par an, début janvier. L’adaptation du pouvoir d’achat accuse donc systématiquement un retard d’un an par rapport aux coûts réels. Cette mesure a d'ailleurs été appliquée à la demande des employeurs du secteur du transport, qui ont soutenu qu'ils pouvaient ainsi adapter leurs contrats de transport à la réalité. En d'autres termes, ils peuvent répercuter les hausses salariales prévues sur leurs donneurs d'ordre.

 

Les employeurs demandent cette suppression non pas parce qu’ils n’ont pas l’argent, mais parce qu’ils veulent le mettre dans leurs propres poches. L’adaptation de l’index est un langage codé pour dire « engranger plus de bénéfices ».

 

Dans certains pays voisins, ce système n'existe pas. Cependant, la liaison des salaires à l’index existe toujours au Luxembourg et à Chypre à une échelle générale. Dans des pays tels que la France, la Slovénie et Malte, les salaires minimums sont automatiquement indexés. Ce n'est donc pas si « exceptionnel » que cela.

Ce que les employeurs ne nous disent pas, d'ailleurs, c'est que les hausses salariales sont également négociées dans d'autres pays. Là-bas, ils négocient librement. Sans obstacles. Et bien sûr, ils tiennent compte de la hausse des prix, passée et future (prévisions d'inflation). Donc, pas de blocage salarial, pas de carcan, pas de marge salariale maximale obligatoire de 0,4 %, etc. 

Dès lors, les employeurs demandent cette suppression non pas parce qu'ils n'ont pas l'argent, mais parce qu'ils veulent le mettre dans leurs propres poches. Paul Degrauwe était aussi de cet avis dans le journal « De Morgen » : « Les entreprises ne sont pas intéressées par l'emploi. L'adaptation de l'index est un langage codé pour dire « engranger plus de bénéfices ». »
« Les marges bénéficiaires des entreprises sont aujourd'hui historiquement élevées et ces dernières disposent de tampons pour absorber une grande partie de la hausse des salaires. » Ce n'est pas moi qui le dis, mais bien le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch.

En remettant en cause l'index, les employeurs du transport veulent faire payer la crise à leurs travailleurs. Quelle est l’ampleur de la hausse des prix des carburants ? Combien coûte un litre d'essence ou de diesel à la pompe ?

Environ la moitié des Belges réduisent leurs dépenses en alimentation, en vêtements et en loisirs et baissent le chauffage d'un degré. C'est la conclusion d'une enquête menée par Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.
De nombreux ouvriers du secteur du transport vivent des fins de mois très compliquées. Bref, les prix montent en flèche et il est tout à fait normal de lier les salaires à ces hausses de prix.

Lorsque Philippe Degraef remet en cause l'index, il propose de facto une baisse des salaires dans le secteur du transport. Et ce n’est justement pas le moment. Depuis des années, ces mêmes employeurs réclament plus de chauffeurs à cor et à cri. Il est plutôt temps pour eux de rattraper leur retard s'ils veulent les trouver. Les salaires dans le secteur du transport sont toujours inférieurs à ceux du secteur du nettoyage !

 

Lorsque Philippe Degraef remet en cause l’index, il propose de facto une baisse des salaires dans le secteur du transport.
Et ce n’est justement pas le moment.

 

Il est également grand temps de reléguer le mythe de la « gratuité » des transports aux oubliettes. Le transport est indispensable mais coûte également de l'argent. Si nous voulons un secteur du transport durable et social, les prix pratiqués doivent être corrects. Les transporteurs de colis qui livrent « gratuitement » dans les 24 heures le font en exploitant leurs coursiers. Les entreprises de transport qui proposent des prix toujours plus bas ne peuvent le faire qu'en organisant un dumping social. En effet, les tarifs de dumping vont de pair avec le dumping social, des salaires trop bas, de l'exploitation, etc.

Il est temps que cette course des prix vers le bas cesse. Les bons prix garantissent les bons salaires, qui à leur tour rendent le métier de chauffeur à nouveau attractif.

Nous n'y parviendrons pas en mettant l’index en doute.

Frank Moreels
Président de l’UBT

 

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