Message 1er mai Frank Moreels

Pour la deuxième fois de suite, la pandémie du coronavirus nous empêche de fêter pleinement le 1er mai, notre fête du travail.


Rester enfermés chez nous ce jour de fête, alors que nous voulons manifester avec nos drapeaux rouges dans la rue, cela n’a rien d’agréable.

Mais la solidarité du 1er mai, personne ne peut la briser, ni hier ni aujourd’hui ni demain.

Cette année encore, le 1er mai, nous formons une grande famille.

La solidarité ne se laisse en effet pas enfermer.
C’est cela que nous fêtons le 1er mai.
Grâce à la solidarité de milliers de travailleurs qui nous ont précédés, nous pouvons être fiers aujourd’hui de ce que nous, socialistes, nous avons réalisé.

Prenons l’exemple de notre sécurité sociale performante,
ou notre droit du travail fort développé,
ou encore le suffrage universel,
et le statut solide pour nos dockers ...
Et je pourrais continuer encore longtemps à énumérer les innombrables résultats obtenus grâce à notre solidarité.

C’est cela que nous fêtons le 1er mai !
Mais le 1er mai n’est pas seulement un jour de fête.
Le 1er mai est aussi un jour de combat, notre jour de combat.
Car notre combat n’est jamais terminé.
Il reste encore beaucoup de choses à faire
si nous voulons une société plus juste et plus sociale.
Pour cette raison, je rappelle brièvement nos trois grandes priorités.

Tout d’abord, la sécurité au travail.
Force est de constater qu’au cours de l’année écoulée, les employeurs ne se sont guère préoccupés de la sécurité sur les lieux de travail.
Combien de fois n’avons-nous pas dû intervenir auprès d’employeurs pour obtenir un plan de prévention décent ou des équipements de protection individuelle pour les travailleurs ?

Notre deuxième priorité : de vrais contrats et des contrats stables !
Il y a encore beaucoup trop de travail intérimaire,
beaucoup trop de travail hyper flexible,
beaucoup trop de contrats temporaires.
Allez solliciter comme travailleur intérimaire un emprunt auprès d’une banque et vous verrez.
Il est donc grand temps de forcer beaucoup plus de contrats stables
et de museler la flexibilité.
Nous disons aussi : ne touchez pas à la Loi Major !
Nos dockers sont parmi les plus performants dans le monde et
il n’y a rien de mal à leur statut, qui est un bon statut.

Enfin, troisième priorité : il faut augmenter les salaires.
A commencer par le salaire minimum.
Nous nous battons pour un salaire minimum de 14 euros de l’heure.
Mais les salaires dans nos secteurs doivent également être améliorés !
Nos routiers ont un salaire horaire inférieur à celui payé dans le secteur du nettoyage.
Et ne parlons pas des coursiers à vélos qui ne gagnent souvent que quelques euros par heure, ni des chauffeurs de taxi.


Et qu’on ne vienne pas nous dire que les coûts salariaux sont trop élevés.
Les seuls coûts salariaux trop élevés sont ceux des super capitalistes comme Jef Bezos d’Amazon
qui gagne 7,5 millions d’euros à l’heure,
ou les CEO des grandes entreprises belges dont le salaire est 51 fois plus élevé que celui d’un simple travailleur.

Voilà pourquoi la solidarité est tellement importante le 1er mai.
Voilà pourquoi la solidarité syndicale est tellement importante tout au long de l’année. `
Voilà pourquoi nous devons continuer à nous battre ensemble pour plus d’emplois et pour de meilleurs emplois pour ceux qui travaillent.

Vous ne serez pas étonné qu’en tant que président de l’UBT,
je parle aussi du dumping social
dans le transport routier, dans la navigation intérieure,
la construction, les abattoirs, ...
Le dumping social, un véritable fléau !

Un fléau pourtant facile à combattre. Il suffit en effet
d’embaucher des inspecteurs supplémentaires.
Mais pourquoi ce gouvernement tarde-t-il tant à engager quelques
dizaines d’inspecteurs supplémentaires ?

J’ai d’ailleurs encore un message pour les partis socialistes et
par extension pour tous les partis progressistes,
certainement pour ceux qui siègent au gouvernement,
et plus particulièrement pour le PS et Vooruit,
mais aussi pour Groen et Écolo.
Mon message est que le démantèlement des droits pour lesquels
nous nous sommes tant battus,
n’a rien de progressiste.

Être progressiste,
c’est au contraire donner plus de droits à ceux qui sont en difficultés.
Il n’est nullement nécessaire de “supprimer” ou de “moduler” les allocations familiales
pour donner plus aux plus démunis.
Justice fiscale ET plus de sécurité sociale,
voilà la réponse à la pauvreté.

Pour faire quelque chose de plus, un parti socialiste n’a nullement besoin de mettre en cause des acquis pour lesquels nous nous sommes tellement battus.
Voulons-nous élargir l’accueil des enfants ?
Voulons-nous améliorer l’enseignement ?
Si oui, il faut aller chercher l’argent où il se trouve.
En levant un impôt minimum sur les multinationales par exemple,
comme proposé par Jo Biden aux Etats Unis.

Est-ce qu’on laissera les travailleurs se battre entre eux
pour les dernières miettes qui tombent de la table ?
Ou est-ce qu’on va s’attaquer à la “gig economy” et
exiger que Facebook, Amazon, Uber, Deliveroo et consorts ...
paient enfin des impôts ?


Et maintenant que je parle des Uber et des Deliveroo de ce monde ?
Conner, Paul, Myriam, Jean-Marc et Rajae,
Vous, présidents et présidentes des socialistes et des écologistes,

Sachez que nous ne voulons pas d’un “statut spécial” pour les travailleurs de plate-forme.
Ils sont des travailleurs, des ouvriers, comme nous tous,
qui gagnent leur vie à la sueur de leur front.
Obligez donc les entreprises de plate-forme à suivre la loi
au lieu d’adapter la loi à leurs besoins.
Ne commettez donc pas la même erreur que la N-VA ou l’Open VLD.

Car si le COVID-19 nous a appris une chose,
C’est que nous avons besoin de plus de solidarité,
pas de moins de solidarité.

Camarades,

Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir,
car nous sommes fermement décidés à façonner notre propre avenir.

Camarades,

Fêtez le 1er mai dans la sécurité,
Mais faites-en aussi un jour de combat.

Car les super riches,
Jeff Bezos, Elon Musk, Carlos Britto ou encore Fernand Huts
doivent savoir que si eux, ils ont beaucoup d’argent,
nous, nous sommes très nombreux !

Et si nous travaillons tous ensemble, nous pouvons déplacer des montagnes.
Plus forts ensemble !

 

 

Frank Moreels

Président de l'UBT