Cet Uber n’est pas le bienvenu !

Grâce aux sottises du ministre N-VA Ben Weyts, le secteur du taxi encaisse un coup très dur en Flandre.

Grâce à la négligence des gouvernements bruxellois et wallon qui permet à Uber d’opérer dans la capitale depuis 2014, cette entreprise force maintenant la porte du marché du taxi en Flandre. Avec son nouveau décret taxi, Ben Weyts avait déjà offert le matériel de cambriolage à Uber. Son successeur, Lydia Peeters de l’Open VLD, vient de lui donner un dernier coup de main en supprimant du décret les dernières mesures protectrices des chauffeurs de taxi réguliers.

Pourtant, le ministre-président Jan Jambon (N-VA) avait encore récemment appelé à la solidarité avec les entreprises flamandes en demandant d’acheter local ou de recourir à leurs services. Un appel qui ne concernait manifestement pas le secteur du taxi.

La N-VA déroule ainsi le tapis rouge à une multinationale californienne à la réputation douteuse. En effet, les droits des travailleurs sont le moindre de ses soucis. La N-VA montre donc une nouvelle fois son vrai visage, celui d’un parti asocial.

Uber organise le dumping social

Laurent Slits, le CEO belge d’Uber, affirme que son entreprise ne déstabilisera pas le marché. Ces affirmations sont des “fake news”. Partout dans le monde, les exemples de la distorsion des marchés du taxi par la politique des prix agressive d’Uber se sont multipliés ces dernières années. Uber moins cher que les taxis réguliers ? Oui, très souvent, mais au détriment des chauffeurs !

L’an dernier en France, Uber a annoncé lui-même qu’un chauffeur Uber travaille en moyenne 45 heures par semaine pour gagner 1600 euros bruts, soit 8,8 euros de l’heure. Voudriez-vous travailler pour un tel prix ?

Les clients eux aussi le constateront très vite. Une fois le monopole établi, les prix de la course augmenteront irrémédiablement.

L’entreprise développe son activité par priorité dans les grandes villes car c’est là qu’elle peut se faire de l’argent. Si vous habitez la campagne, oubliez-le, vous n’y trouverez pas Uber.

Les travailleurs paient la note

Déjà en 2015, l’UBT a dénoncé Uber en publiant le dossier “La vérité sur Uber”, dossier dans lequel nous révélions la face obscure de cette multinationale.

Pour ce qui nous concerne, nous ne voulons pas du modèle économique d’Uber car il est basé sur un manque de respect pour les travailleurs, la négation de la législation (sociale), l’évasion fiscale, le non-paiement de cotisations sociales, la mise en danger des clients, le non-respect de leur vie privée, l’absence d’assurances suffisantes, la dérégulation, la déstabilisation ...

Ce modèle économique se donne aussi une image publique très sexy...
Uber se présente en effet comme une entreprise innovante, tournée résolument vers l’avenir, qui prétend offrir une réponse aux problèmes de mobilité et fait comme si elle fournit une contribution positive au partage de l’économie.
La réaction de certains employeurs flamands ne laisse d’ailleurs rien à l’imagination. Ainsi, Steven Van Avermaet, patron de l’entreprise de taxi DTM, s’enorgueillit d’utiliser bientôt les mêmes procédés qu’Uber avec sa récente plateforme taxi BEEP. Nous, nous n’en voulons pas !
Uber n’est rien d’autre qu’un loup déguisé en mouton. Et un loup nous suffit largement …

Uber refuse tout dialogue social

Partout dans le monde, Uber refuse le dialogue avec ses chauffeurs. Tout le processus est digitalisé, le chauffeur n’a donc pas de vrai employeur comme interlocuteur. Et l’entreprise ne reconnaît pas le syndicat comme défenseur des chauffeurs.

Soyons clair. En réalité, les chauffeurs qui travaillent pour Uber sont de faux indépendants. Ils doivent acheter ou louer eux-mêmes leur véhicule (qui doit répondre aux conditions imposées par Uber). Ils doivent s’assurer eux-mêmes contre la maladie, les accidents, la responsabilité civile … mais ils reçoivent leurs ordres d’Uber.

Plus Uber se développe dans une région, plus la situation des chauffeurs devient difficile. Ils reçoivent une part toujours plus petite des courses, c’est-à-dire du gâteau, car Uber doit faire du profit. Les chauffeurs d’Uber sont contraints de faire beaucoup d’heures, mais doivent aussi supporter eux-mêmes tous les risques.

Notre centrale syndicale suivra de très près les agissements d’Uber. Nous veillerons à ce que l’entreprise applique la législation et nous n’hésiterons pas à recourir à l’action s’il le faut. L’UBT continuera à se battre pour le maintien et la survie du secteur du taxi régulier et des taximen salariés. Mais nous aiderons aussi les chauffeurs d’Uber qui se sentiront trompés et soyez-en sûr, ils seront nombreux.

Renverser la vapeur par l’imposition de nouvelles règles

Les règles doivent être les mêmes pour tous ceux qui sont actifs sur le marché du taxi. Il faut donc imposer un tarif minimum afin d’éviter le dumping social. Cela peut se faire au niveau des villes, mais à vrai dire, en l’occurrence, il incombe au gouvernement flamand de prendre ses responsabilités.

Par ailleurs, les villes devraient associer le secteur du taxi à leur politique. N’est-ce pas un scandale que Ben Weyts ait rédigé son nouveau décret, avec l’assistance … d’Uber ?! C’est comme si on inviterait un braqueur de banque à installer un système d’alarme dans une banque. Les villes ne peuvent, ne doivent pas commettre la même erreur.

Une appli taxi « équitable »

Si le secteur du taxi veut se battre à armes égales et en innovant pour obtenir une part de marché « équitable” sur la base de salaires corrects payés aux chauffeurs, ne faudrait-il pas une appli taxi (multi-)urbaine ? Voire une appli taxi flamande ?

Une telle application organisée par les autorités permettrait à toute entreprise de taxi, grande ou petite, d’y adhérer. Elle permettrait aussi d’équilibrer l’offre et la demande et d’organiser une concurrence loyale. Et elle offrirait une alternative aux monopolistes californiens.

Imaginez-vous que chaque utilisateur de taxi en Flandre puisse commander un taxi “équitable” en appuyant simplement sur un bouton de son smartphone. Ne s’agit-il pas d’un défi à relever par des partis progressistes comme le sp.a et Groen ?

 

Frank Moreels
Président UBT

5 novembre 2020