Swissport : Merci, patron !? Merci gouvernement !?

Mille quatre cent soixante-neuf emplois balayés d’un trait par une communication sèche et froide au conseil d’entreprise.

Swissport en faillite. Le rideau tombe sur l’emploi d’un peu moins de mille cinq cents travailleuses et travailleurs, jetant un ombre noire sur l’avenir d’autant de familles. Voilà la première entreprise dans le secteur du transport poussée à la faillite par la crise du coronavirus. Pour les travailleurs touchés, c’est une bien maigre consolation de savoir que ce ne sera sans doute pas la dernière.


Swissport a trompé son personnel

Il y a deux semaines, le management de la société avait annoncé à l’occasion d’un conseil d’entreprise extraordinaire que la situation était très grave après le confinement et la crise dans le secteur de l’aviation. Toutefois, moyennant un effort de tout un chacun, il avait souligné que Swissport pouvait tenir jusqu’à la fin de l’été, en attendant une reprise de l’activité au cours du deuxième semestre. Ils ont trompé le personnel ! Pour la petite histoire : Swissport avait d’ailleurs refusé d’interpeler le gouvernement avec les autres syndicats et l’autre manutentionnaire actif sur l’aéroport, Aviapartner.
Avec huit CEO usés en deux ans, ce qui est à nos yeux un signe de mauvaise gestion, les attentes n’étaient déjà plus très grandes.


Le gouvernement Wilmès en défaut

L’UBT avait insisté auprès du gouvernement, il y a quelques semaines, pour qu’il prenne des mesures pour venir en aide aux sociétés de manutention. Notre aéroport national est en effet bien plus que Brussels Airlines. La survie de Brussels Airlines est bien sûr importante pour l’aéroport, mais aussi pour les manutentionnaires (Aviapartner et Swissport) et les autres entreprises opérant sur et autour du tarmac. Mais le problème est encore bien plus vaste. N’oublions pas les entreprises de taxi, les compagnies d’autobus, les opérateurs, les entreprises de transport et de logistique, … elles aussi gravement touchées par la crise de l’aviation. Mais nous n’avons pas trouvé d’oreille bienveillante ni auprès du gouvernement de pouvoirs spéciaux Wilmès ni auprès du ministre compétent Bellot. Aucun soutien donc pour les manutentionnaires. Soutien qui n’a d’ailleurs toujours pas été promis, même si les syndicats concernés ont déjà été reçus au cabinet de la première ministre.


L’aéroport a lui aussi du beurre sur la tête

Depuis des années, BAC fait d’excellentes affaires. En effet, contrairement aux sociétés de manutention, l’aéroport réalise lui des bénéfices. Les compagnies aériennes forcent les manutentionnaires à baisser toujours plus leurs prix dans une folle course vers le bas où les CCT et les conditions de travail sont d’importance secondaire. On raconte maintenant que ce même aéroport pourrait reprendre la manutention assurée jusqu’ici par Swissport. Aéroport qui est coresponsable de la situation précaire des manutentionnaires et de la misère dans laquelle ils viennent d’être plongés. Pour l’UBT, il n’y a pas d’équivoque possible : il faut deux sociétés de manutention à Zaventem, ni plus ni moins ! De plus, il existe aussi une convention « Transfert de personnel ». Le personnel doit lui aussi être repris. Et tant qu’il n’y a pas de deuxième manutentionnaire, le personnel doit être placé dans un “pool” grâce auquel il touchera un supplément en plus de ses allocations de chômage et par lequel il pourra immédiatement être opérationnel en cas de reprise. 


Les temps difficiles appellent des mesures sociales

Nous savons que la situation économique est dramatique à cause de la crise du coronavirus. La Banque Nationale de Belgique évalue les pertes de bien-être pour notre pays à plus de 50 milliards. Mais nous n’accepterons pas que ce soient à nouveau les travailleurs qui paient la crise. Nous exigeons même une amélioration des conditions de travail des travailleurs du transport, un secteur et des travailleurs du transport qui étaient essentiels pendant la crise corona. Cela signifie à nos yeux un revenu décent pour nos membres et une amélioration de leur protection sociale.

Notre sécurité sociale a été d’une importance cruciale pour surmonter la crise. Il ne peut donc être question de réaliser des économies dans la sécu ni dans le chômage. Le chômage temporaire a été nécessaire pour faire face à la crise du coronavirus. Le régime du chômage devra aussi permettre de faire face au choc de la faillite de Swissport et d’autres entreprises. Nous n’accepterons donc pas que l’actuel ou le prochain gouvernement pratique à nouveau des coupes sombres !

 

Frank MOREELS

Président UBT

 

Ceux qui souhaitent exprimer leur solidarité avec les travailleurs de Swissport peuvent le faire en ligne.