A bas la concertation sociale !

On dirait le nouveau slogan d’un tract écrit par les fédérations patronales réunies du secteur du transport, Febetra, TLV et l’UPTR.

Depuis le début de la crise du coronavirus, ces fédérations patronales refusent systématiquement toute concertation avec les organisations syndicales, aussi bien dans le secteur du transport que dans celui de l’assistance dans les aéroports. Nous devons les forcer chaque fois à se mettre autour de la table. Ils préfèrent en effet boycotter la concertation sociale. Ce n’est que quand nous durcissons le ton ou menaçons de mener des actions qu’ils acceptent du bout des lèvres de négocier. Le résultat est à l’avenant : des applaudissements pour les “héros” du secteur du transport, mais passer de la parole à l’acte, pas question !

 

Travailler en toute sécurité : une priorité ou non ?

Même pour faire appliquer les mesures de sécurité les plus élémentaires, les organisations syndicales ont dû remuer ciel et terre. Pourtant, les problèmes sur le terrain ne manquent pas. Les employeurs affirmeront qu’il s’agit d’exceptions. Mais la réalité ne ment pas. Voici quelques exemples.

Bob est chauffeur. Il est père de deux enfants souffrant d’une maladie auto-immunitaire. Il est le seul soutien de famille. Pendant cette crise corona, son employeur refuse de lui accorder un congé et de lui fournir des équipements de protection individuelle. Si Bob n’est pas content, il n’a qu’à partir, lui jette son employeur en face. Car la boîte doit continuer à tourner.

Et que penser des cas de Jean, de Marie, d’André et de Paul … et des nombreux autres chauffeurs qui en arrivant chez le client voient une affiche leur interdisant d’utiliser les équipements sanitaires et la machine à café ! Car ceux-ci sont réservés au seul personnel de la firme. Beaucoup de chauffeurs sont aujourd’hui traités comme des chiens sans que leurs employeurs ne remuent le petit doigt, trouvant qu’il n’est pas nécessaire de réclamer un meilleur traitement de leurs chauffeurs par leurs donneurs d’ordre.

Beaucoup de chauffeurs ne disposent pas de masques buccaux ni de gels pour les mains et se tournent alors vers les pouvoirs publics et leurs organisations syndicales pour demander leur aide.

 

Pas de récompense pour les travailleurs du transport qui ont continué à travailler …

… ni pour les ouvriers manutentionnaires dans les aéroports, encore applaudis à la télé lorsqu’ils déchargeaient des masques buccaux, ni pour les chauffeurs et les logisticiens qui ont continué à faire tourner l’économie.

Essayez d’expliquer à Rachid et à Mia, chauffeurs qui livrent chez Carrefour ou Delhaize, que le personnel de ces grandes surfaces reçoit une prime pour les remercier du travail fourni pendant la crise, mais qu’eux qui ont assuré l’approvisionnement ne reçoivent rien du tout ! Ou aux logisticiens qui ont tourné des doubles shifts pour approvisionner les hôpitaux, les pharmacies ou encore les supermarchés.

Essayez d’expliquer à Robert, Malika et Caroline, ... et aux nombreux autres travailleurs du transport mis en chômage que bon nombre d’entreprises paient une prime spéciale en plus de l’allocation de chômage, mais que les employeurs du secteur du transport refusent de le faire. Le chauffeur d’un sous-traitant qui roule toujours pour Volvo ne reçoit pas un cent, contrairement aux ouvriers de Volvo.

 

Au diable le syndicat !

Febetra, l’UPTR et TLV profitent de la crise du coronavirus pour essayer de court-circuiter les syndicats. S’ils n’étaient déjà pas de grands amateurs de la concertation sociale, ils sont devenus aujourd’hui les champions du non-dialogue. Eloignons le plus loin possible ces emmerdeurs de syndicalistes.
Encore heureux qu’il y par-ci par-là des employeurs individuels qui n’ont pas la même vision du monde et qui prennent la concertation au sérieux. Mais ils constituent l’exception à la règle. Des 7.640 entreprises que compte le secteur, seulement 44 ont conclu des accords d’entreprise pour accorder une récompense à leurs chauffeurs ou logisticiens. Seulement 0,58% des entreprises ont osé s’opposer aux directives des fédérations patronales.

 

Le secteur du transport est malade

Bien entendu, personne ne nie que le secteur du transport souffre des conséquences de la pandémie du corona. Et que beaucoup d’entreprises sont en difficultés. Mais le secteur est malade depuis longtemps.
Malade du dumping social et de l’exploitation.
Malade du niveau bien trop faible des prix du transport et des salaires.
Malade des mauvaises conditions de travail, les travailleurs étant forcés de faire de longues heures dans une hyper flexibilité afin de gagner un revenu plus ou moins décent.

Pourtant, le vaccin contre les maladies lancinantes dans le secteur existe. Son nom : la concertation sociale. La collaboration entre organisations patronales et syndicales pour faire progresser le secteur. Pour travailler dans des conditions sûres, améliorer les conditions de travail et augmenter l’attrait des métiers du transport. Des démarches communes vis-à-vis des pouvoirs publics pour donner de l’oxygène au secteur qui passe parfois des moments difficiles. Voilà la réponse qui devrait être donnée.

Si les employeurs persistent et signent, s’ils continuent à camper sur leurs positions conflictuelles dogmatiques, le secteur du transport restera le grand malade à la mauvaise réputation.
Le seul chemin du salut passe par un dialogue social fort et une collaboration constructive.

 

Frank Moreels

Président UBT