Du combat difficile du syndicaliste: 3 histoires

Malgré le dur labeur des syndicalistes partout dans le monde et les belles réalisations négociées avec les employeurs, nos camarades en voient de toutes les couleurs dans beaucoup d’entreprises.

Pourtant, infatigables, nous poursuivons le combat, solidaires avec nos collègues, y compris à l’étranger. Le syndicat est plus que jamais nécessaire.

 

Solidarité entre syndicalistes du monde entier

Eric Lee au sujet de sa plateforme en ligne « LabourStart »

 

Strijd Syndicalist LabourStart2 FR

 

LabourStart est une initiative d’Eric Lee destinée à stimuler la solidarité internationale entre syndicalistes. Son journal électronique publie chaque jour jusqu’à 250 articles dans plus de 20 langues, allant de nouvelles sur des travailleurs jetés en prison à des appels de soutien à des campagnes.

Organisations syndicales en ligne

Le fondateur Eric Lee : « J’ai lancé LabourStart en 1998 comme une espèce de ‘validation du concept’ de mon livre publié antérieurement, ‘The Labour Movement and the Internet’ (L’internet et le mouvement ouvrier). Jusque-là, les syndicats n’étaient pas actifs ou presque sur la toile. En lançant LabourStart, je voulais aider les organisations syndicales à se mouvoir dans ce nouveau monde globalisé. »

Une communauté syndicale internationale

« LabourStart.org est devenu un journal, une plateforme de campagne et une communauté. L’objectif de renforcer la solidarité entre syndicats a été atteint. Les nombreux fans, suiveurs et volontaires en sont la preuve. Le site internet a permis aux militants syndicaux de se connaître, de suivre les actions des syndicats à l’étranger et de soutenir les campagnes des uns et des autres. »

Appel à la justice

« Un objectif que nous n’avons pas encore suffisamment réalisé, c’est convaincre
les organisations syndicales de travailler autrement en se débarrassant de leurs pratiques bureaucratiques, de l’approche sommet-base et du focus mis sur les problèmes nationaux. Les sites internet de certaines grandes organisations syndicales ne sont pas mis à jour, leurs profils sur les réseaux sociaux bougent à peine. Alors qu’il faut précisément utiliser ces canaux pour appeler plus fort encore à la justice. »

Jetés en prison et assassinés

« Il suffit de jeter un coup d’œil sur les nouvelles publiées sur le site pour comprendre que le combat syndical est loin d’être terminé. Chaque jour des messages sont publiés sur la répression. Toutes
les deux semaines, nous lançons une nouvelle campagne internationale, le plus souvent à l’occasion de l’emprisonnement de militants syndicaux.
Nous avons même lancé des campagnes dénonçant l’assassinat ou la condamnation à mort de syndicalistes. Au moyen de LabourStart, nous assurons un large écho au difficile combat que livrent les syndicats jour après jour dans le monde. »

 

Strijd Syndicalist LabourStart1 FR

 

Rechercher l’origine des frustrations

Steven Steyaert au sujet du dialogue avec les employeurs

 

Strijd Syndicalist Steyaert FR

 

« Malentendus, préjugés et rumeurs font que l’eau entre syndicats et employeurs est parfois très profonde. Avec quelquefois harcèlements et intimidations pour conséquence. Mais le dialogue est la clé d’une meilleure collaboration », affirme Steven Steyaert, propagandiste au secrétariat fédéral de l’UBT-FGTB.

Intimidations

Steven Steyaert: « J’ai été délégué pendant 25 ans chez Volvo. Les relations avec la direction étaient relativement bonnes. Bien sûr, nous n’étions pas toujours d’accord entre nous, mais on se comprenait. Quand je suis passé au secteur des autobus et autocars, je suis arrivé dans un tout autre monde. Les préjugés et les malentendus compliquaient le dialogue. Les chauffeurs qui se présentaient aux élections sociales ne pouvaient soudainement plus faire de voyages à l’étranger, n’avaient plus leur autocar particulier et étaient même intimidés par la direction. Bref, ils étaient harcelés. »

La force du dialogue

« J’ai alors souvent donné le message suivant aux employeurs : nous sommes un syndicat 2.0. Nous ne sommes pas là pour vous chercher querelle mais pour vous aider à développer une entreprise où les travailleurs aiment venir travailler. J’ai demandé aux employeurs ce qui n’allait pas et ce qui pouvait être amélioré. En écoutant on découvre souvent l’origine des frustrations. On dispose ainsi d’un point de repère pour dissiper les malentendus. L’étape suivante consiste alors à leur expliquer ce que le syndicat peut apporter aux employeurs. »

Soutenir les délégués

« En ma qualité de propagandiste, j’aide et je soutiens les délégués dans les entreprises. Nous leur apprenons des techniques de négociation. Les formations que nous organisons sont très instructives. Bien entendu, nous sommes toujours prêts à venir à leur secours en cas de conflit. Ils ne doivent jamais abandonner. Ils doivent continuer à dialoguer, rechercher les questions qui posent problème et les résoudre progressivement. »

 

556 jours de lutte dure et difficile

Berk Kalyoncu à propos de la répression en Turquie

 

Strijd Syndicalist Tumtis FR

 

Le syndicat, chose normale et évidente ? Pas partout. En Turquie, les organisations syndicales continuent à être victimes d’une répression impitoyable. C’est le cas notamment de TÜMTÍS. Pendant un an et demi, DHL Express a refusé de reconnaître le syndicat et incité ses travailleurs à ne pas se syndiquer. Sept militants de TÜMTÍS ont été mis à la porte. Parmi eux, Berk Kalyoncu.

Répression syndicale

Berk Kalyoncu: « Au cours des années 80 et 90, les syndicats étaient encore assez forts en Turquie. Depuis 2002, année où l’AKP, le parti d’Erdogan, est arrivé au pouvoir, les syndicats perdent du terrain. Le gouvernement a fortement influencé l’image des syndicats auprès de la population. Il nous compare même à des groupes terroristes ! Jusqu’à ce que les gens découvrent comment nous faisons la diffé- rence quand il s’agit des conditions de travail des travailleurs. »

Un syndicat comptant même des membres issus de la classe moyenne

« Les problèmes avec le management de DHL Express ont commencé lorsqu’ils ont découvert que les effectifs de TÜMTÍS ne cessaient de croître et comprenaient même des travailleurs issus de la classe moyenne, ce qui était nouveau en Turquie. C’est alors que la direction est entrée en action. Elle promettait des droits égaux pour tous les travailleurs, pour éviter que d’autres travailleurs ne s’affilient au syndicat. Et les travailleurs non syndiqués garderaient leurs meilleures conditions s’ils ne se syndiquaient pas. »

Licenciés

« La direction de DHL Express ne nous a jamais menacés personnellement. Mais nous recevions de moins en moins de travail. D’autres travailleurs prenaient notre place. Finalement, sept militants ont été licenciés. »

De meilleures conditions de travail

« Au bout de 18 mois de lutte syndicale, le management de DHL Express et TÜMTÍS ont signé une convention collective en janvier 2019. La reconnaissance de TÜMTÍS a permis une amélioration sensible des conditions de travail. En ces temps de crise économique, les travailleurs bénéficient maintenant de la garantie d’emploi. Leur salaire a été augmenté de 21 %. Et ils reçoivent maintenant des bonus, plus une indemnité de repas et de transport ainsi qu’une prime de mariage et d’anniversaire. »

Connaître la législation

« Ce combat m’a coûté mon emploi. Mais cela valait la peine. Je cherche maintenant du travail et j’y rejoindrai avec plaisir le combat syndical. L’avis que je donne aux militants syndicaux qui se heurtent à leur employeur, est celui-ci : apprenez la législation, essayez d’anticiper et préparez-vous à des questions difficiles, tant de l’employeur que des collègues. »

 

Cette article est publiée dans la dernière édition de be motion, le magazine trimestriel de la FGTB-UBT. Lisez ce magazine complètement en ligne.