L’offre ambitieuse de Macron à l'Europe peut-elle vraiment freiner la vague populiste ?

Les élections européennes représentent encore largement une bataille sur le territoire national, mais Emmanuel Macron tente de sortir des sentiers battus.

En guise de préparation du lancement de sa campagne pour le scrutin en mai, le président français a adressé à tous les citoyens de l'UE une lettre de grande envergure, parue dans les journaux à travers le continent. Dans ce texte, Macron expose ses solutions pour contrer la perte de vitesse de l’Europe, comme l'a révélé en particulier le vote du Brexit au Royaume-Uni. Il lance un appel émotionnel et intellectuel au renouveau, pour redonner espoir aux citoyens et pour repousser la menace du populisme.

Mais l'analyse de Macron a-t-elle un sens ?

D'un côté, Macron a raison. L'UE est un projet de paix couronné de succès et les dirigeants devraient être plus ambitieux dans la défense de son bilan. Il a également raison de souligner les mensonges et les attaques provenant de forces moins que démocratiques à l'intérieur et à l'extérieur de l'UE qui sapent le projet européen. Cependant, il passe trop de temps à imaginer un nouveau projet de défense audacieux et trop peu de temps sur la cause profonde de la désillusion de nombreux citoyens : l'instabilité du travail et l'écart croissant entre les salaires et le coût de la vie.

Nous devons être honnêtes sur les faiblesses de l'UE

Jusqu’à présent, le marché unique de l'UE a été un grand succès dans la création de richesses, mais les bénéfices n'ont pas été équitablement partagés. Les décideurs politiques nationaux et européens ont fermé les yeux sur le dumping social, l'exploitation et la concurrence déloyale qui ont porté un coup dur aux emplois, aux salaires et aux conditions de travail des travailleurs. Les citoyens se débattent et ils ont raison d'être en colère.

La suggestion de Macron de lancer un salaire minimum européen montre qu'il a une idée de ce qui est en jeu. Il appuie également le principe selon lequel un travail égal mérite un salaire égal. Mais les politiciens nous ont déjà adressé de chaleureuses paroles par le passé.

Les travailleurs prennent les devants

Aujourd'hui, nous voyons les travailleurs et leurs syndicats prendre l'initiative et mobiliser leur solidarité internationale pour construire une vision positive d'une Europe qui fonctionne pour les travailleurs. C'est exactement l'approche de la Fédération européenne des travailleurs des transports, un groupe de syndicats qui gèrent la campagne Transports équitables pour l’Europe. Plus de 100 actions coordonnées à travers l'Europe et une grande manifestation à Bruxelles le 27 mars mobiliseront des milliers de travailleurs derrière un manifeste pour des transports équitables. Cela signifie des salaires décents et des contrats stables, des transports publics abordables dans chaque ville et une réponse à l'automatisation favorable aux travailleurs.

Il n'est pas étonnant que les travailleurs des transports soient à l'avant-garde de cette nouvelle approche des campagnes sociales. De récentes décisions des dirigeants de l'UE ont montré à maintes reprises que les travailleurs les plus mobiles sont les plus susceptibles de voir leurs droits et leurs conditions sacrifiés dans les négociations politiques. Ils accomplissent un travail vital en transportant des personnes et des marchandises sur terre, en mer et dans les airs. Mais ils sont attaqués. Les scandales d'abus dans le camionnage, les révoltes chez Ryanair et la traite des êtres humains dans l'industrie des croisières fluviales pointent tous vers le même problème : le dumping social et une course effrénée vers le bas dans le secteur du transport.

Macron et ses alliés seraient donc bien avisés d'appuyer des campagnes comme celle-ci. Premièrement, nos propositions politiques apportent des réponses concrètes aux défis auxquels sont confrontés les travailleurs des transports et d'autres secteurs. Mais, avant tout, notre mouvement repose sur la solidarité et la coopération entre les travailleurs de différents pays et professions. En nous unissant pour construire et lutter pour de meilleurs emplois, nous montrons comment l'Europe peut réaliser le rêve de Macron : un projet commun, pas seulement un marché. Alors, Monsieur le Président, voulez-vous vous joindre à nous ?