Les travailleurs de transport : des citoyens de seconde zone pour l’Europe ?

Le Conseil européen des ministres a trouvé cette nuit un accord sur le Paquet mobilité.

Selon les ministres du transport, cet accord garantit un équilibre entre les conditions de travail et de salaire des travailleurs du transport et la liberté de circulation des services. Il exclurait aussi l’interprétation des règles par les pays mêmes et faciliterait les contrôles au niveau national. Qu’en est-il en réalité?

 

Quels sont les éléments positifs ?

Frank Moreels, secrétaire fédéral UBT Transport routier et Logistique : “Nous nous réjouissons que les ministres européens des transports aient enfin compris qu’en l’an 2018, il ne peut plus être toléré que les chauffeurs de camion doivent encore prendre leur repos hebdomadaire dans la cabine de leur camion. Il s’agit effectivement d’un pas dans la bonne direction, tant du point de vue social que du point de vue sécurité routière.”

Autre élément positif, le “tachygraphe intelligent” permettra des contrôles plus fréquents du cabotage. Mais les camions qui font des transports internationaux ne devront être équipés d’un tachygraphe intelligent qu’à partir de fin 2024. Si l’Europe veut vraiment des contrôles sérieux, il faudra avancer sensiblement cette date, comme l’a d’ailleurs proposé le Parlement européen. Par ailleurs, il est loin d’être clair comment et par qui ces contrôles seront effectués.

 

Le revers de la médaille

Les règles du cabotage (maximum 3 opérations endéans les 7 jours) sont maintenues. Pour éviter un cabotage systématique, une période de “cooling off” de cinq jours est instaurée. Pendant cette période, le camion ne pourra pas effectuer des transports dans le même pays. Mais des chauffeurs, on ne parle pas !

Le donneur d’ordre devra organiser le schéma de travail du chauffeur de manière à ce qu’il puisse retourner à l’entreprise (donc même pas chez lui) au moins une fois toutes les quatre semaines. L’UBT craint que la pression exercée par les employeurs sur les chauffeurs de camion pour ne pas faire usage de cette possibilité ne soit extrêmement grande. De nouveau, les chauffeurs seront les dindons de la farce.

Frank Moreels: “Pour le reste, selon nous, cet accord est une occasion ratée pour mettre en évidence le principe d’un salaire égal pour un travail égal. Il reste trop d’exceptions, comme par exemple l’activité complémentaire pour charger ou décharger sur la route du pays de destination. Nous espérons donc que le Parlement pourra peaufiner la proposition qui est maintenant sur la table, afin de réaliser une véritable amélioration des conditions de travail et de salaire des chauffeurs.”