Quel avenir pour le secteur des taxis ?

Depuis plusieurs années, l’arrivée d’Uber a durement touché le secteur des taxis. La concurrence est rude... et pas toujours légale. Le point avec Ahalouch Achraf, délégué syndical.


En ce moment, à quels grands défis le secteur des taxis est-il confronté ?

Ahalouch Achraf : « Le plus grand défi du secteur du taxi, à l’heure actuelle, est de se maintenir en vie face à une concurrence déloyale. Le taxi est en train de sombrer à cause de l’ubérisation du sec- teur. En effet, Uber propose des courses « taxi » sans rentrer dans un cadre légal. Concrètement, Uber n’applique pas la loi et détourne les règles en vigueur dans la profession : la société n’a pas de licence, les chauffeurs ne sont pas professionnels et les tarifs ne sont pas fixes. Uber crée du travail illégal avec des revenus précaires et sans aucune sécurité d’emploi, notamment en cas de maladie. Les chauffeurs travaillent plus et gagnent moins. Ils sont obligés d’accumuler plusieurs emplois et on assiste à un effacement de la limite entre vie privée et vie professionnelle. A cause d’Uber, nous sommes en train de perdre nos droits et notre protection sociale. »


New-York a récemment décidé de limiter les services de taxi tels qu’Uber. Qu’en pensez-vous?

« Que New-York limite les services de voiture avec chauffeur est une bonne chose, mais ce n’est pas suffisant. De mon point de vue, il faudrait totalement les interdire tant qu’ils ne se conforment pas aux règles légales et conventionnelles. Nous ne sommes pas contre un concurrent ni contre la modernisation du secteur, mais cela doit se faire loyale- ment et dans les règles de l’art. »


Selon vous, quelles actions sont nécessaires pour protéger le secteur et améliorer les conditions de travail des chauffeurs de taxi ?

« Concernant l’amélioration des conditions de travail des chauffeurs, il y a beaucoup de choses à dire. Le plus important serait d’offrir à tous les chauffeurs un contrat de travail de salarié comprenant tous les avantages sociaux acquis au fil du temps. Concernant la protection du secteur, il y a de nombreux leviers d’action. Les autorités compétentes devraient tout d’abord réaliser beaucoup plus de contrôles des voitures de location avec chauffeur pour éviter que ces derniers ne fassent des courses taxi. Cela implique de vérifier qu’ils ont bien un contrat pré-établi de l’exploitant pour minimum trois heures avec une copie au siège. Il faudrait aussi vérifier que ces chauffeurs n’ont pas à bord de leur véhicule des systèmes d’émetteur et de récepteur de communications tels que des smartphones car ils n’en ont pas le droit. Concernant les véhicules dit « de luxe », il faudrait également vérifier qu’ils répondent aux critères exigés pour les limousines. Enfin, une mesure importante serait que la Wallonie arrête de distribuer à tout va des licences de voitures de location avec chauffeurs car ces derniers viennent tous faire du taxi illégal à Bruxelles. »


Quels efforts le secteur a-t-il déjà fait pour innover?

« Parmi les efforts consentis dans le secteur, on relève le lancement d’une nouvelle application permettant de mettre en relation les clients et les chauffeurs de taxi et de diminuer ainsi le temps d’attente. Par ailleurs, il y a une prise de conscience générale de la part des chauffeurs de taxi de l’importance d’améliorer le service au quotidien, par exemple via une tenue vestimentaire correcte, une voiture propre, un comportement plus approprié à la clientèle, etc. »


Quelles initiatives avez-vous pris en tant que délégué?

« Nous avons manifesté à plusieurs reprises dans le but de dénoncer l’ubérisation du secteur. D’un point de vue personnel, je ne peux qu’encourager la poursuite de ces efforts. Nous devons lutter pour la protection du secteur notamment en continuant perpétuellement à améliorer les services proposés aux clients. »


Comment pensez-vous que le secteur va évoluer ?

« Malgré les difficultés rencontrées ces dernières années, je reste plutôt optimiste. Grâce aux nouvelles technologies, nous parvenons malgré tout à concurrencer les voitures avec chauffeur. Un renforcement intensif des contrôles devrait permettre d’arrêter « le massacre » dont nous sommes actuellement victime. A long terme, avec l’arrivée des voitures autonomes, le secteur des taxis risque encore d’être confronté à de nouveaux défis. La survie du secteur est un combat de chaque instant, mais avec l’UBT, nous continuons à lutter jour après jour pour que la qualité de nos services fassent la différence. »

 

Cette article est publiée dans la dernière édition de be motion, le magazine trimestriel de la FGTB-UBT. Lisez ce magazine complètement en ligne.