“Le monde s’arrête un moment”

Les travailleurs de nuit, qui sont-ils ? Qu’est-ce qui les motive ? Dans notre nouvelle série ‘Oiseaux de nuit’, be motion quitte ses pantoufles pour chausser ses chaussures de travail et rendre visite aux travailleurs qui font uniquement la nuit.

Le premier de la série est Jan Ceulemans, chef d’équipe au département cargo du manutentionnaire Aviapartner à Brussels Airport.

Pourquoi avoir pris la décision de travailler la nuit ?

« Je travaille la nuit pour passer plus de ‘qualitytime’ avec mon épouse. Auparavant, je ne faisais que le matin. J’étais déjà au travail quand ma femme se levait. Et le temps de rentrer de son travail le soir, elle me voyait à peine parce que je montais très tôt me coucher. On se voyait donc très peu. C’est alors qu’on m’a proposé de devenir chef d’équipe à l’occasion de la venue d’un nouveau client et que je suis passé au travail de nuit. Aujourd’hui, ma femme et moi, nous avons l’occasion de passer beaucoup plus de temps ensemble. »

Est-il possible de combiner travail de nuit et vie sociale ?

« Je trouve que la combinaison est plus facile qu’auparavant. Au début de ma carrière, j’avais déjà fait la nuit pendant cinq ans. Mais copains et moi-même, nous avions une moto et nous faisions des excursions pendant le week-end. Mais souvent, je ne pouvais pas y participer. C’est pourquoi j’étais passé aux équipes de jour pour pouvoir passer plus de temps en compagnie des copains. Mais aujourd’hui, on peut s’arranger plus facilement. »

Avez-vous un horaire fixe ?

« Non, tantôt je travaille cinq nuits d’affilée, tantôt trois. Mais nous avons des accords très raisonnables avec notre employeur. Notre cct prévoit que nous avons deux jours de libre après au moins trois nuits consécutives. Et nous sommes au moins 28 samedis à la mai- son sur une année. Et en tant que délégué de l’UBT, j'ai le droit à mes heures syndicales et de ce fait j’ai quelques weekends supplémentaires. »

 

 JanCeulemans

 "La nuit, on peut se concentrer pleinement sur son travail, parce que le monde dort."

Jan Ceulemans - Chef d’équipe au département cargo d’Aviapartner et délégué UBT

 

Quelle est la principale différence entre une équipe de jour et une équipe de nuit ?

« La nuit, on est moins stressé. Attention, ne vous trompez pas. On travaille dur, mais on peut se concentrer pleinement sur ses tâches et les deadlines à respecter. En équipe de jour, vous devez courir de gauche à droite, on vous donne sans cesse de nouvelles tâches. On parvient à peine à faire le travail prévu. C’est parfois à en perdre la tête. La nuit, le monde dort, le monde s’arrête un moment et pendant ce temps, nous bossons, accomplissons nos tâches et respectons les deadlines. Et quand l’équipe du matin prend le relais, notre travail est généralement terminé. »

Travaillez-vous toujours avec la même équipe ?

« Oui, nous avons une même équipe de 20 à 25 personnes qui s’entendent parfaitement – c’est un mix judicieux de jeunes et de moins jeunes. C’est ce qui nous différencie des équipes du matin et du soir. Leur composition change régulièrement et elles contiennent aussi des gens avec qui on s’entend moins bien. Au sein de l’équipe de nuit, la camaraderie est beaucoup plus grande et les collègues n’hésitent pas à s’entraider. Sans doute parce qu’on partage quelque chose de particulier. »

Le travail de nuit a-t-il un impact sur votre santé ?

« Provisoirement, j’ai peu de plaintes. Je dors bien, et un bon sommeil vaut de l’or pour les travailleurs de nuit. Je me couche vers six heures et demie du matin et je dors au moins jusqu’à 13 heures. Mais il arrive aussi de roupiller jusque trois heures de l’après-midi. C’est seulement le premier jour de la série des shifts de nuit que j’ai des problèmes parce qu’on ne peut pas récupérer le sommeil à l’avance. »

« Grâce à mon régime, j’ai pourtant constaté que le travail de nuit a un impact sur le corps. Quand je travail- lais dans les équipes du matin et du soir, j’avais perdu 30 kilos. Quand je suis passé à l’équipe de nuit, je n’ai pas changé mes habitudes de manger. Pourtant, j’ai repris rapidement les kilos perdus. Maintenant, je prends uniquement du potage et de l’eau au travail. »

Y a-t-il des choses qui vous manquent quand vous travaillez la nuit ?

« Je ne pense pas. Certainement maintenant qu’on retrouve tout sur le net. Ainsi, les jeunes sont fous de l’Île de le Tentation. La nuit du jeudi, pendant la pause repas, ils suivent ce qui s’est
passé et soyez sûr qu’ils ne perdent pas une seconde de l’émission. Ça fait souvent rire les ‘vieux’. Ce sont de sacrés gaillards. »

Continuerez-vous jusqu’à la retraite ?

« Si ça dépend de moi, oui, si la santé le permet. Je connais des gens qui ont dû passer du jour au lendemain au travail de jour parce qu’ils ne tenaient plus. Rassurez-vous, ce ne serait pas un drame, mais quand même, donnez-moi la nuit ! »

 

Cette article est publiée dans la dernière édition de be motion, le magazine trimestriel de la FGTB-UBT. Lisez ce magazine complètement en ligne.