Zalando doit trouver d’autres prétextes pour ne pas s’implanter en Belgique

Depuis que la décision de Zalando d’implanter son nouveau centre logistique aux Pays-Bas est connue, cette nouvelle est à la une.

COMEOS, organisation patronale pour la distribution et du commerce, en profite pour souligner le manque de flexibilité en Belgique. Relayé pas des politiciens comme le vice-premier Alexander Decroo qui demande que le gouvernement continue à déréguler et à imposer plus de flexibilité, sans que les syndicats puissent jouer leur rôle. Le ministre Wallon Jeholet en remet une couche et fait référence au “mauvais climat social”, surtout en Wallonie, et condamne ainsi les travailleurs Wallons de grèviculteurs. Tout cela aurait motivé Zalando de décider d’investir au Pays-Bas.

La flexibilité existe bel et bien dans le secteur de la logistique!

Depuis des années on sait organiser le travail de nuit et le travail du weekend dans le secteur du transport et de la logistique. Dans la Commission Paritaire du Transport et de la Logistique (CP 140.03) il existe depuis belle lurette la possibilité de négocier des accords concernant ce genre de flexibilité. Et le nombre d’entreprises qui ont négocié des accords d’entreprise même ne se comptent pas sur les deux mains, il y en a des dizaines. Toutes les grandes entreprises logistiques ont des conventions pour régler cette problématique. Ceva, DHL, Excel, DSV, K&N, H&M, ...

Frank Moreels, président de l’UBT: “Les politiciens feraient mieux de s’informer convenablement avant de sortir des fausses vérités dans la presse. Les organisations syndicales dans le secteur de la logistique ont toujours pris leur responsabilité et ont négocié des accords équitables pour les travailleurs et les entreprises. Il faudra trouver autre chose au lieu de condamner les syndicats dans cette affaire.”

La logistique en Wallonie n’est pas déstabilisée par un mauvais climat social

Preuve y est puisque bien des entreprises logistiques se sont implantées ces dernières années en Wallonie. Le centre logistique pour l’Europe de H&M par exemple s’est implanté à Ghlin, et Ceva logistics est situé à Courcelles.

Philippe Dumortier, Secrétaire UBT en Wallonie Picarde-Hainaut-Brabant Wallon: “Depuis que H&M a installé son centre logistique à Ghlin, la capacité ne cesse que de croître. H&M a investi, aussi dans les relations sociales, et l’entreprise est en expansion. Nous ne pensons pas que H&M a pris la décision dans le temps de s’implanter à Ghlin si l’entreprise pensait arriver dans le ‘Far West’ social”.

La flexibilité négociée est avantageuse pour les entreprises et les travailleurs

Il est aberrant de prétendre que les organisations syndicales sont “les empêcheurs de tourner en rond”. Daniel Maratta, Secrétaire UBT Liège-Luxembourg-Namur: “Dans toutes les entreprises de la logistique où nous sommes représentés, nous avons fait des conventions pour encadrer la flexibilité. Je pense à Skechers à Milmort. Ce sont des accords qui tiennent compte de la demande de flexibilité dans l’entreprise, tout en garantissant une vie sociale et un revenu convenable pour les travailleurs. Un ‘win-win’ pour les deux parties.”

Philippe Dumortier: “Toute la discussion se porte sur le genre de flexibilité que nous voulons accepter dans notre société. Est-ce que nous acceptons des mini-jobs à outrance, des services coupés, des travailleurs “à l’appel”, ... donc une précarité institutionnalisée? Ou est-ce que nous voulons une flexibilité gérée, réglée par le dialogue social, ou tout le monde sort gagnant?”

Dumping social dans la logistique?

La question qui se pose c’est si nous voulons instaurer le dumping social aussi dans le secteur de la logistique? Nous savons de source sûre que pendant la période de Noël, des travailleurs Polonais (soi-disant détachés) logeaient dans l’ancien centre Vossemeren à Lommel. Ces travailleurs étaient actifs dans des entreprises de Logistique en Hollande (dont la société Ingram Micro), étant transportés matin et soir par des minibus. Même actuellement une quarantaine de travailleurs Polonais seraient encore actifs de cette façon. Frank Moreels: “Est-ce que nous voulons ce genre de travail dans la logistique en Belgique? Est-ce que c’est ce genre d’emplois que nous voulons attirer? Il faudrait réfléchir et instaurer des règles Européennes pour stopper cette course vers le bas. A la fin le mauvais emploi super flexible risque de tuer le bon emploi. Peut-être que monsieur Decroo pourrait interpeller son homologue Hollandais lors d’une prochaine rencontre sur ce genre de concurrence déloyale.”