Lettre ouverte au Ministre bruxellois Pascal Smet

A quand un véritable plan Taxi du Ministre Smet?

Après deux ans de politique d’annonce, Pascal Smet a enfin proposé un plan, ou quelque chose qui doit passer pour, concernant le secteur bruxellois des taxis. Selon ses dires, ce plan devrait mettre fin à l’exploitation des chauffeurs de taxi. En réalité, cette proposition revient à sacrifier le statut social du chauffeur de taxi sur l’autel de la pseudo-modernité. Il essaie de lutter contre les abus dans le secteur – comme le système du ‘forfait-location’ – en créant des nouveaux : les faux indépendants. Le seul et vrai gagnant de ce plan sera UBER.

Soulignons tout d’abord que la proposition de Pascal Smet supprimera la distinction entre taxis et limousines (location de véhicules avec chauffeur) et du coup la distinction entre un taxi normal et UBER. De la sorte, UBER fera une entrée « légale » dans le secteur. Le ministre adapte donc la loi, servant UBER au doigt et à l’œil, alors que partout dans le monde, on comprend de plus en plus qui est UBER : une entreprise qui fraude le fisc, enfreint la loi, discrimine ses travailleuses, exploite ses chauffeurs, menace ses clients...

Le changement le plus radical proposé par le ministre est que chaque chauffeur devra dorénavant être en possession d’une licence personnelle. Cela signifie ni plus ni moins la fin du statut salarié dans le secteur, menaçant plus de 1000 emplois ! Le nouveau système des licences entraînera la disparition du chauffeur de taxi salarié qui sera forcé d’opter pour le statut de (faux) indépendant.
Seules quelques grandes centrales de taxi en profiteront en répercutant les risques sur les taximen et en maximalisant leurs bénéfices. Smet rêve de coopératives de chauffeurs de taxi, la réalité devient un cauchemar où les centrales de taxi empochent les gains et les chauffeurs sont dupes.

Est-ce d’ailleurs un hasard si le nombre de licences sera augmenté de 500 à 1800 ? Non, car ce chiffre correspond exactement au nombre de limousines UBER opérant actuellement en toute illégalité à Bruxelles !

Tarifs flottants, moins de sécurité tarifaire pour les clients.

Le plan envisage également de revoir les tarifs. Outre un tarif fixe pour « le marché de la rue » (taxi pris aux emplacements réservés aux taxis et arrêts du taxi dans la rue), il y aura un tarif minimum pour les courses commandées au moyen d’une « plateforme ». Mais ces minima seront fixés par les plateformes elles-mêmes, avec une marge incorporée de pas moins de 250%. Le système du “surge pricing “, c’est-à-dire tarifs variant en fonction de la demande, pratiqué par UBER subsistera donc au détriment des clients. Si vous sortez le soir d’un concert de rock et qu’il pleut, vous payerez donc un supplément ...

Combattre l’exploitation des chauffeurs de taxi par le contrôle et le respect de la loi.

Ces mesures rencontrent-elles le besoin d’une tarification, d’une accessibilité, d’une disponibilité et d’une protection meilleures ? Que du contraire ! Pascal Smet a déjà raté toute une série d’occasions de présenter un vrai plan Taxi, un plan basé sur une vision d’avenir et réglant les problèmes existants dans le secteur.

Il est vrai que certains exploitants d’entreprises de taxi constituent un grand problème à Bruxelles. Le “forfait-location” imposé à bon nombre de chauffeurs est une pratique illégale qu’il convient de combattre. Ce système consiste à ce que le chauffeur salarié paie un montant journalier au propriétaire du taxi pour l’utilisation du véhicule. Les recettes journalières reviennent au chauffeur, mais les frais sont également à sa charge. Pour se couvrir, on inscrit alors les chauffeurs « sur papier » (à temps partiel).

Cette pratique porte un nom : fraude. La réponse est pourtant très simple : contrôles et sanctions. Ce système aurait dû être éradiqué depuis longtemps, notamment les syndicats sont depuis des décennies partie demanderesse de cela... Mais Smet lui-même et ses prédécesseurs ont laissé pourrir la situation en omettant d’intervenir. Smet prétend avec son plan Taxi solutionner un problème qu’il a laissé lui-même proliférer pendant des années.

Un plan Taxi digne du nom devrait prévoir des contrôles réguliers effectués dans le cadre d’une collaboration des services d’inspection et des services de police. Comme cela se fait à Anvers, en étroite collaboration avec le secteur lui-même qui participe aussi au financement. Ce système de contrôle a déjà prouvé son efficacité à Anvers où il n’y a pas de fraude organisée du type forfait-location. Peut-être que le ministre pourrait se rendre à Anvers pour une visite d’étude ?

Un secteur du taxi moderne qui évolue avec son temps.

Le ministre Smet ne fait aucune distinction entre les opposants à son plan Taxi : "tout à fait vieux jeu, opposé à tout progrès, " affirme-t-il. C’est absurde. Le secteur du taxi a entretemps compris que l’utilisation des technologies modernes présente des avantages. Plusieurs entreprises de taxi ont aujourd’hui des applications pour smartphone permettant de commander un taxi. D’autres firmes organisent ce qu’on appelle le « taxi collectif ».

On peut d’ailleurs se demander pourquoi le ministre Smet ne met pas en œuvre une appli pour la Région de Bruxelles, comme nous lui avons suggéré. Afin d’offrir ainsi d’une manière rapide, efficace et avec des tarifs clairs des services de taxi. Une application taxi pour Bruxelles promue par une campagne de marketing visant les touristes et les Bruxellois. Voilà une vraie idée socialiste : une application taxi lancée par la collectivité au lieu de la confier à une multinationale américaine. Par le fait d’attendre il a raté le train, et il a laissé l’initiative aux centrales privées de taxi, qui entre-temps se sont mis au travail avec l’idée.

D’autre part, il y a moyen d’améliorer l’efficacité : l’aménagement de sites propres pour les taxis ou au moins l’autorisation d’utiliser les sites réservés aux bus et aux trams. Meilleure organisation des files d’attente des clients dans les gares. Avez-vous déjà pris le taxi à Bruxelles-Midi après l’arrivée du Thalys ou de l’Eurostar ? Alors, vous comprenez ce que je veux dire.

Et pourquoi ne pas prévoir du coup une meilleure formation des taximen bruxellois ? Si vous avez déjà pris le taxi à Londres, vous saurez que les taximen connaissent la ville par cœur et font aussi preuve d’une grande convivialité. C’est parce qu’ils ont bénéficié d’une formation efficace. Voilà un autre point que le ministre pourrait intégrer dans son plan Taxi...

La concertation avec le secteur, c’est bien plus que ‘communiquer’ ses projets.

L’augmentation du nombre de licences provoquera la dérégulation du secteur. Pour garder au même niveau leurs recettes, les chauffeurs (faux)indépendants seront obligés de faire des shifts très longs, ce qui ne manquera pas d’exercer un impact négatif sur la sécurité et la qualité. Pourquoi ne pas élaborer un plan taxi en collaboration avec tous les acteurs du secteur, au lieu de montrer du doigt le secteur du taxi avec un air hautain et d’accuser d’être vieux jeu tous ceux qui ne suivent pas servilement ses projets ?

Ces dernières années, la situation chez les taximen bruxellois s’est déjà enflammée à plusieurs reprises. Pourtant, Pascal Smet continue à ignorer les signaux envoyés par le secteur, persuadé qu’il est d’avoir raison. Alors qu’une concertation aboutirait à un résultat plus réaliste et plus opérationnel. Si le ministre persiste et signe, nous appellerons tous les partis au gouvernement bruxellois et plus particulièrement le ministre-président Vervoort à rejeter le plan Taxi Smet dans sa mouture actuelle.

 

Frank Moreels – Président de l’Union Belge du Transport – FGTB.