Chronique d'une mort annoncée : Takeaway abandonne son modèle d'emploi
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- Catégorie : Nouvelles Transport & Logistique
- Publication : vendredi 2 octobre 2026 17:00
Les ministres Clarinval et Jambon plongent les coursiers à vélo dans l'incertitude.
Takeaway a annoncé aujourd’hui que les coursiers à vélo, actuellement employés par le biais d’agences d’intérim, devront désormais travailler sous contrat d’indépendant. Pour l’instant, aucune précision n’a été donnée quant à l’avenir des salariés permanents. Pour l’UBT-FGTB, cette décision est le résultat de plusieurs mois d’impasse politique et de réticence. Le ministre de l’Emploi, David Clarinval, et le ministre des Finances, Jan Jambon, ont été avertis à plusieurs reprises de l’inégalité des conditions de concurrence dans l’économie des plateformes. Ils ne sont pas intervenus. Aujourd’hui, nous assistons exactement à ce contre quoi la l’UBT avait mis en garde.
Un emploi conforme à la législation ne doit pas constituer un désavantage concurrentiel
Pendant des années, Takeaway a été le meilleur élève de la classe. Alors que ses concurrents faisaient appel à des livreurs en tant qu’indépendants ou recouraient au statut P2P, Takeaway a choisi d’employer des salariés et de leur offrir la protection sociale qui va de pair. Mais ceux qui emploient correctement leurs salariés doivent pouvoir rivaliser avec des acteurs qui font effectuer le même travail dans des conditions sociales et fiscales différentes. L’UBT-FGTB a tiré la sonnette d’alarme pendant des mois et a demandé aux deux ministres de corriger cette distorsion. Sans résultat. Aujourd’hui, la facture tombe. Takeaway emploie désormais les intérimaires travaillant comme livreurs via un contrat d’indépendant. Ce que cela signifie à terme pour les salariés permanents reste encore flou.
Frank Moreels, président de l’UBT : « Ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Nous avons averti pendant des mois les ministres Clarinval et Jambon que le modèle salarial serait remis en cause s’ils n’intervenaient pas. Ils savaient ce qui se passait et connaissaient nos revendications. Pourtant, ils ont laissé faire. Aujourd’hui, nous en voyons le résultat : ce ne sont pas les concurrents qui sont contraints d’offrir de meilleures conditions sociales, mais Takeaway qui fait lui-même un pas vers une protection moindre. Ce sont les livreurs qui paient le prix de cette réticence politique. »
Une crainte fondée devient une réalité amère
Les avertissements ne venaient d’ailleurs pas uniquement de l’UBT-FGTB. En juin, les livreurs à vélo de Takeaway se sont eux-mêmes rendus au Parlement. Ils ont demandé la suppression du statut P2P dans l’économie des plateformes et l’application du principe « à travail égal, droits et protection sociale égaux ». Leur message était on ne peut plus clair : ils ne demandaient pas d’exceptions, mais une concurrence loyale et des conditions de travail correctes pour tous ceux qui effectuent le même travail.
Tom Peeters, secrétaire fédéral adjoint UBT-FGTB Transport routier & Logistique : « Les livreurs sont venus eux-mêmes au Parlement pour secouer les responsables politiques. Combien d’avertissements fallait-il encore ? Le choix était clair : soit harmoniser les règles du jeu vers le haut, soit laisser la protection sociale devenir un désavantage concurrentiel. En ne prenant aucune mesure, ces ministres ont fait ce choix dans les faits. Nous refusons d’accepter que les travailleurs en fassent désormais les frais. »
La liberté sur le papier n’est pas synonyme d’une véritable indépendance
L’argument selon lequel un contrat d’indépendant offre surtout plus de liberté aux livreurs ne convainc pas l’UBT-FGTB. La liberté sur le papier n’est pas nécessairement la liberté dans la pratique. Lorsqu’un algorithme participe à la répartition des missions et que les livreurs dépendent d’une plateforme pour leurs revenus, il faut examiner la relation de travail telle qu’elle se présente concrètement. La mention « indépendant » dans un contrat ne suffit pas pour parler de véritable indépendance.
Frank Moreels : « Nous ne devons pas faire passer le faux travail indépendant pour de la flexibilité. La question est de savoir qui, en réalité, organise et contrôle le travail. C’est pourquoi la transposition de la directive européenne sur les plateformes est si importante. La Belgique doit mettre en œuvre cette directive de manière rigoureuse, afin que ce soient les faits qui déterminent si une personne est un salarié ou un indépendant. C’est le moment de mettre un terme au faux travail indépendant, et non de le laisser se développer davantage. »
Les ministres ne peuvent plus fermer les yeux
L’UBT-FGTB exige que les ministres Clarinval et Jambon assument enfin leurs responsabilités. Mettez fin à l’utilisation du P2P pour les activités commerciales des plateformes, créez les mêmes règles du jeu pour tous et appliquez rigoureusement la directive européenne sur les plateformes. À l’approche de la date limite européenne du 2 décembre, la Belgique ne peut se permettre aucun report supplémentaire ! La protection sociale ne doit pas devenir un désavantage concurrentiel pour les entreprises qui emploient correctement leurs salariés.
Tom Peeters : « Nous avons mis en garde contre cette situation pendant des mois, en collaboration avec les coursiers à vélo, et avons transmis nos revendications au Parlement et aux ministres. Ces deux messieurs ne peuvent donc pas prétendre qu’ils ne l’ont pas vu venir. Les ministres ne peuvent plus fermer les yeux, mais veulent-ils vraiment mettre un terme à cette course vers le bas ? Poser la question, c’est y répondre. »
