No pasaran : ne touchez pas aux 45 heures de repos ! Un camion n'est pas un logement !

La Chambre de commerce autrichienne (WKO) souhaite supprimer l’interdiction européenne du repos hebdomadaire dans la cabine des camions et réclame davantage de flexibilité en matière de temps de conduite et de repos. C’est hors de question pour l’UBT-FGTB !

Ceux qui parlent aujourd’hui de « plus de flexibilité » devraient d’abord aller voir les conditions dans lesquelles des milliers de chauffeurs routiers sont déjà envoyés à travers l’Europe depuis des semaines, voire des mois. Le débat sur les 45 heures n’est donc pas une discussion technique sur les parkings, les hôtels ou les temps de conduite et de repos. Il s’agit de savoir quelle part de dignité humaine est encore accordée à un chauffeur routier.

La cabine est un lieu de travail, pas un logement

Aujourd’hui déjà, les chauffeurs internationaux passent des journées entières dans leur camion. C’est précisément pour cette raison que l’Europe a fixé une limite claire avec le « Mobility Package ». Un temps de repos hebdomadaire régulier d’au moins 45 heures n’a pas sa place dans une cabine de camion. Le chauffeur doit pouvoir le passer dans un hébergement adapté, doté d’installations de couchage et sanitaires convenables. Ce n’est pas un luxe, c’est le strict minimum.

Frank Moreels, président de l’UBT : « Aujourd’hui, un chauffeur vit parfois pendant des semaines dans un espace de quelques mètres carrés. C’est là qu’il conduit, mange, attend et dort. Après toutes ces journées, l’Europe affirme au moins une chose très clairement : il faut pouvoir passer ces 45 heures hors de la cabine. Et voilà qu’on remet encore une fois cela en cause. Ne touchez pas à ces 45 heures. Un chauffeur n’est pas une partie de la cargaison que l’on laisse simplement dans le camion à l’arrivée. »

Un parking 5 étoiles ne résout pas le problème du dumping social

Nous n’avons aucun problème avec les aires de stationnement pour camions sûres et bien équipées. Au contraire. L’Europe a un besoin urgent de beaucoup plus d’aires de stationnement sûres, dotées de toilettes propres, de douches, de points de restauration et d’équipements de qualité. Mais ne faisons surtout pas comme si cela résolvait le problème fondamental. Une aire de stationnement peut obtenir cinq étoiles, mais la cabine qui s’y trouve reste une cabine. De plus, le problème actuel ne se résume pas à un manque d’infrastructures. Le cadre social existant n’est toujours pas suffisamment respecté ni appliqué.

Le « Mobility Package » stipule non seulement que le repos hebdomadaire régulier doit être pris en dehors du véhicule, mais aussi que les frais liés à cet hébergement doivent être pris en charge par les employeurs. Et c’est précisément là que le bât blesse.

Tom Peeters, secrétaire fédéral adjoint UBT Transport routier & Logistique : « On aime bien parler de parkings cinq étoiles. Très bien, construisons-les. Mais qui paie aujourd’hui l’hôtel lorsqu’un chauffeur doit prendre ses 45 heures de repos ? Nous voyons des employeurs qui tentent même d’échapper à cette dépense. Alors, ne venez pas nous dire qu’encore plus de flexibilité va résoudre le problème. Un parking cinq étoiles où le chauffeur doit payer lui-même son hôtel, c’est tout simplement du dumping social avec une douche propre. Commencez par faire respecter les règles existantes et veillez à ce que la facture soit payée par celui qui doit la payer : le donneur d’ordre ou l’employeur, pas le chauffeur. »

Le « Mobility Package » n’est pas une charge administrative superflue

Le Mobility Package améliore les conditions de travail dans le transport routier international et évite que les chauffeurs restent sur la route pendant des périodes excessivement longues. L’UBT-FGTB met donc en garde contre tout débat dans lequel la protection sociale serait à nouveau présentée comme un obstacle à l’efficacité du secteur des transports, car derrière les termes « flexibilité », « compétitivité » et « faisabilité pratique » se cache en fin de compte un être humain en chair et en os. Un chauffeur qui, après des semaines sur la route, a droit à une douche, à de l’intimité et à un vrai lit pendant les 45 heures où son camion redevient enfin son camion, et non plus son domicile.