Stop à la flexibilité débridée dans l’e-commerce !

Les déclarations controversées de Paul Magnette sur un « exit de l’e-commerce » incitent à nouveau à réfléchir aux conditions de travail et de salaire dans le secteur.

Magnette pose le problème dans toute son acuité et c’est une bonne chose. S’il veut dire que les géants du commerce électronique ne peuvent pas avoir dans notre pays ce qu’ils veulent – une hyper flexibilité jointe à de bas salaires et de mauvaises conditions du travail – nous ne pouvons que l’applaudir.

Frank Moreels, président de l’UBT : “Nous œuvrons pour des emplois stables, durables et bien rémunérés au lieu d’emplois précaires et hyper flexibles. Y compris dans le commerce électronique, la livraison juste-à-temps et la chaîne logistique qui s’y trouve derrière. Celui qui pense pouvoir bannir l’e-commerce de notre pays se trompe lourdement. Mais celui qui veut nettoyer le secteur et offrir de bonnes conditions de travail et de salaire à ceux qui y travaillent, peuvent compter sur tout notre soutien. »

Le commerce électronique est d’ailleurs un secteur en plein essor dans le monde entier. Et notre pays n’y échappe pas : Liège Airport, Zaventem, le port d’Anvers et beaucoup d’autres plateformes… jouent un rôle crucial dans la chaîne logistique. Les travailleurs logistiques n’ont que faire des velléités communautaires quand il s’agit de leurs conditions de travail et de salaire. Ce débat n’a rien de communautaire, c’est un débat européen, voire global. Le gouvernement fédéral doit en effet prendre l’initiative ici et participer au nettoyage du secteur.

Bien plus que le commerce électronique

Le débat est d’ailleurs bien plus large que le commerce électronique et le travail de nuit. Il s’agit aussi de la manière dont le travail est organisé dans notre pays. Frank Moreels : ”Le gouvernement doit stopper la dérégulation, crier halte à la flexibilité débridée et œuvrer résolument pour des emplois décents et durables. Les entreprises qui s’établissent dans notre pays ou qui souhaitent y être actifs doivent tenir compte de la concertation sociale et ne doivent pas recevoir de chèque en blanc dans le domaine de la flexibilité, du travail de nuit et des conditions de travail. A cet égard, la concertation sociale est le meilleur moyen de faire fonctionner correctement le secteur. Que le gouvernement précédent ait assoupli le régime du travail de nuit était une mauvaise chose pour tous ceux qui travaillent dans l’e-commerce et la logistique. Le ministre Dermagne a bien fait de ne pas mettre en œuvre cette mesure néfaste.”

Le secteur du transport et de la logistique, victime depuis des années de la libéralisation

Que Paul Magnette vienne de jeter un pavé dans la mare nous fera comprendre – espérons-le – que le transport de marchandises et de personnes a un prix. La course libérale suivie par l’Europe avec la libre circulation des biens et des services a fait dégringoler les prix du transport et du travail qui y sont liés. Frank Moreels : “Tout le monde connaît le fléau du dumping social dans le secteur du transport, les grandes entreprises ayant raboté jour après jour le prix du transport. Nous constatons le même phénomène avec l’explosion de la livraison de colis grâce au commerce électronique, avec les coursiers à vélo de Deliveroo et d’Uber Eats. Nous sommes en face d’une folle course vers le bas qui touche les prix et donc aussi les salaires et les conditions de travail.”

Livre noir sur l’e-commerce

L’UBT-FGTB a publié en novembre dernier son premier livre noir sur l’e-commerce dans lequel nous dénonçons les conditions de travail inacceptables chez Post NL, GLS et DPD. Pour l’UBT-FGTB, il est inacceptable que des travailleurs soient repoussés toujours plus dans le flexibilité et la précarité, parce que les grandes entreprises n’ont pas envie de payer un prix correct pour le transport. Chose que le consommateur, lui, est prêt à faire. Il est grand temps de mettre fin à la situation par laquelle le secteur du transport et ses travailleurs paient la facture de cette flexibilité débridée.

Si c’est ça le but, Paul Magnette et aussi le ministre Dermagne peuvent compter sur notre soutien !