Mémorandum UBT 2024

2024 est une année électorale. Pour nous, syndicats, les élections sociales de mai seront cruciales.

Il s’agit d’un exercice de démocratie socio-économique. Nous saurons directement si les travailleurs des grandes entreprises de transport sont satisfaits de ce que l’UBT a réalisé ces quatre dernières années.

Mais l’année 2024 est aussi une année d’élections politiques. Les coalitions qui seront constituées et la politique qui sera menée après les élections auront d’énormes répercussions sur les ouvriers du transport. D’où ce
mémorandum! Pour que les partis
politiques démocratiques comprennent clairement ce que nous attendons d’eux et ce que nous ne voulons pas.

L’Union belge du Transport réunit plus de 62.500 personnes qui travaillent chaque jour sur la route, sur les voies navigables et en mer ou sur les quais. Avec un nombre croissant de voyageurs, de cargaisons et de kilomètres chaque année, les embouteillages et les risques professionnels augmentent aussi. Pour nos membres, la mobilité et la sécurité routière sont donc de grandes priorités politiques.

Un transport sûr suppose d’abord un transport équitable. Faire de la place pour les trams et les autobus, appliquer le principe de la tirette, maintenir une distance de sécurité en cas de pluie ou de brouillard : ce sont des gestes que nous faisons presque tous quotidiennement et nous nous agaçons terriblement des comportements asociaux sur la route. La courtoisie aide à fluidifier la circulation, mais ne résoudra certainement pas tout.

Une circulation équitable n’est pas synonyme pour autant de transport équitable. Les chauffeurs, préparateurs de commandes, ouvriers portuaires, machinistes, bateliers et matelots, bagagistes, coursiers, qu’ils se déplacent à vélo ou en camionnette, méritent tous que nous les respections, que nous respections leur travail, leur service, leur attention au client et leur flexibilité. Ce respect commence par l’attribution du bon statut et d’une rémunération correcte, mais aussi par une formation suffisante, une protection sociale solide et un âge de la retraite auquel il est encore possible de profiter de cette pension.

Pour nous, cette protection sociale ne s’arrête pas à la sécurité sociale. En effet, il importe aussi que nos chauffeurs puissent travailler dans des conditions sûres. Qu’il existe suffisamment de parkings sécurisés et propres le long des autoroutes, autour des gares, dans les ports et dans d’autres centres logistiques. Mais aussi que les équipages des bateaux puissent amarrer et accoster en toute sécurité. Que seuls des ouvriers portuaires agréés puissent travailler dans les ports afin que leur sécurité soit garantie. Que les chauffeurs d’autocars qui amènent vos enfants en vacances au ski puissent dormir dans un lit, que les chauffeurs d’autobus et de taxis ne soient pas menacés ou agressés, que les coursiers à vélo puissent travailler en toute sécurité et soient bien visibles dans la densité de la circulation urbaine...

Pour nous, la protection sociale suppose aussi d’investir dans les emplois de demain, dans la formation, l’apprentissage, le matériel de cours (comme des simulateurs de conduite, de navigation et de pilotage de grue portuaire). Investir dans les emplois de demain implique aussi d’investir dans le domaine public. il est parfaitement possible d’approvisionner des commerces de détail dans différents centres-villes en passant par des voies d’eau intérieures, mais cela nécessite toutefois une adaptation des infrastructures (quais, pontons d’amarrage, etc.) par les pouvoirs publics. Les coursiers à vélo peuvent désengorger le trafic urbain, mais il convient nécessaire de prévoir des points de recharge pour leurs vélos électriques et des infrastructures routières sûres.

Assurer la protection sociale, c’est aussi investir dans un contrôle valable. Il convient en effet de faire cesser le dumping social et la techploitation. Les travailleurs méritent de travailler sous le bon statut et il y a lieu de mettre un terme au travail des faux indépendants. Y compris au sein du contingent des travailleurs portuaires où des patrons d’entreprises portuaires véreux sabotent le système de pool.

Le dumping social et la techploitation détruisent de vrais emplois, des emplois à part entière. Ils sapent les investissements d’entrepreneurs honnêtes et déshumanisent nos travailleurs. En effet, derrière le Valhalla du commerce numérique, se cache bien trop souvent un modèle de gestion qui exploite les travailleurs et refuse d’appliquer les règles du secteur logistique censées les protéger. Ce sont nos travailleurs qui font en sorte que vos colis se retrouvent dès le lendemain sur le pas de votre porte, ce sont eux qui s’occupent en plus de vos retours « gratuits ». Ils sont le véritable moteur de l’e-commerce. Embrassez l’e-commerce, soutenez ses travailleurs et protégez-les.

Enfin, protéger socialement, c’est aussi investir dans une carrière durable. Tous les bagagistes qui soulèvent quotidiennement de 20 à 30 tonnes de valises, ne tiennent pas jusqu’à 67 ans. Tous les chauffeurs de poids lourds ne sont pas en état de conduire 12 heures par jour après 43 ans et, souvent, de charger et décharger de surcroît la marchandise eux-mêmes. Pas tous les travailleurs portuaires peuvent effectuer un travail dangereux sous le vent et la pluie. Notre économie se transforme, nos membres nous le disent quotidiennement et ils sont bien placés pour le savoir ! Ils subissent l’influence grandissante de la numérisation et de l’automatisation. Nous préparons cette transition avec nos délégués, nos militants, nos comités et avec les employeurs siégeant dans les conseils d’entreprise, les CPPT et les commissions paritaires. Mais les pouvoirs publics et l’Europe devront aussi faire preuve d’ambition pour rendre le transport plus sûr, plus durable et plus équitable.

Inspirons les candidats aux élections avec nos propositions et peut-être retrouverons-nous plusieurs d’entre elles dans les travaux parlementaires au cours des prochaines années, tant en Belgique qu’à l’Europe.
Pour nous, le secteur du transport est LE secteur des rencontres humaines. Des rencontres entre des personnes de tous horizons, orientations sexuelles, genres, cultures et religions. Aussi, nous condamnons toute forme d’exclusion. Pour nous, le 8 mai est la date symbolique qui marque la victoire sur le fascisme et le nazisme. Nous plaidons donc pour la réintroduction de cette journée comme jour férié légal officiel.